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<title>Fragments de géographie sacrée</title>
<description>Fragments de géographie sacrée</description>
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<copyright>All Rights Reserved</copyright>
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<title>Du temps et des lieux, chez Sebald</title>
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<author>noreply@hautetfort.com (Robin Plackert)</author>
<category>Echappées</category>
<pubDate>Sat, 21 Nov 2009 22:45:00 +0100</pubDate>
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&lt;p&gt;Je ne suis plus guère présent à ce blog. Mon circuit zodiacal terminé, n'ayant pas encore repris mes notes pour en composer cet ouvage que je me suis promis de mener à bien, le &lt;a href=&quot;http://fragmentsdegeographiesacree.hautetfort.com/le_facteur_de_coincidences/&quot;&gt;facteur de coïncidences&lt;/a&gt; se faisant plus que discret, il est normal qu'une certaine déshérence se soit installée. Malgré tout, les visites ne baissent pas : entre 80 et 110 personnes passent par ici chaque jour et cela suffit à mon bonheur. Que tous en soient remerciés, même si le commentaire se fait rare (mais je n'ai jamais considéré le commentaire comme une priorité).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si je me remets au clavier aujourd'hui, c'est moins pour vous dire cela que pour signaler aux quelques-un(e)s que ça intéresse un nouveau blog consacré à cet écrivain dont j'ai abondamment parlé ici, &lt;a href=&quot;http://fragmentsdegeographiesacree.hautetfort.com/search/sebald&quot;&gt;W.G. Sebald&lt;/a&gt;. il s'agit de &lt;a href=&quot;http://norwitch.wordpress.com/&quot;&gt;&lt;b&gt;Norwich&lt;/b&gt;&lt;/a&gt;, blog sous-titré &lt;i&gt;Du temps et des lieux, chez W. G. Sebald et quelques autres.&lt;/i&gt; L'auteur y a entamé un dictionnaire des lieux sebaldiens tout à fait passionnant. En somme, c'est la &quot;géographie sacrée&quot; sebaldienne qui est répertoriée, avec beaucoup de précision et de subtilité, et l'appui d'une iconographie bien choisie.&lt;/p&gt; &lt;div style=&quot;text-align: center&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://norwitch.wordpress.com/category/auteurs/w-g-sebald/&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://fragmentsdegeographiesacree.hautetfort.com/media/01/02/247368883.jpg&quot; id=&quot;media-2115335&quot; alt=&quot;norwich.jpg&quot; style=&quot;border-width: 0; margin: 0.7em 0;&quot; name=&quot;media-2115335&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
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<title>Puychevrier et les Grandmontains</title>
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<author>noreply@hautetfort.com (Robin Plackert)</author>
<category>Poissons</category>
<pubDate>Mon, 05 Oct 2009 00:14:12 +0200</pubDate>
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&lt;p&gt;Ces derniers temps, j'ai plus arpenté les livres que les paysages, cependant je n'oublie pas ceux-ci, et quand l'occasion est donnée de pousser plus avant la connaissance&amp;nbsp; de quelque site, j'essaie de la saisir aux cheveux... La dernière journée du patrimoine, au mois de septembre, m'a ainsi permis de découvrir un merveilleux endroit qui n'existait encore pour moi que comme un nom anodin sur la carte : il s'agissait du prieuré de &lt;b&gt;Puychevrier&lt;/b&gt;, à 12 kilomètres environ du Blanc, entre Ingrandes et Mérigny, sur la rive gauche de l'Anglin.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Personne ne m'ayant vanté les mérites du site, n'ayant jamais rien lu sur lui, je m'y suis rendu sans plus de conviction, presque résigné à me contenter des vestiges d'un couvent peut-être transformé en grange, sollicitant plus l'imagination du promeneur que l'observation attentive. Je me trompais : dès l'abord du hameau, je fus heureusement surpris de la vaste place herbeuse qui en constituait le coeur, et l'entrée dans l'enceinte fermée du prieuré m'enthousiasma immédiatement. Une longue allée arborée conduisait aux bâtiments bellement restaurés. Une réelle sérénité régnait là, cette sérénité des monastères ayant gardé la simplicité que j'imagine être celle des origines.&lt;/p&gt; &lt;div style=&quot;text-align: center&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://fragmentsdegeographiesacree.hautetfort.com/media/00/01/1477811957.jpg&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://fragmentsdegeographiesacree.hautetfort.com/media/00/01/300112346.jpg&quot; id=&quot;media-2020625&quot; alt=&quot;puychevrier1.jpg&quot; style=&quot;border-width: 0; margin: 0.7em 0;&quot; name=&quot;media-2020625&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt; &lt;p&gt;La fondation de Puychevrier remonte à 1181, il relevait de l'&lt;b&gt;ordre de Grandmont&lt;/b&gt; fondé au XIème siècle par &lt;b&gt;Etienne de Muret&lt;/b&gt;, près d'Ambazac, dans le Limousin. Les religieux de cet ordre, les Grandmontains,&amp;nbsp; suivaient une règle austère qui stipulait le silence absolu en dehors des offices, des jeûnes fréquents et la quête d'aumônes auprès des paysans. Mais il semble qu'ils redistribuaient aussi beaucoup, car ils furent surnommés les Bonshommes (comme les Cathares méridionaux). Bien sûr, comme dans tous les ordres monastiques, il y eut des crises et la simplicité originelle de l'ermite Etienne fut battue en brèche avec la croissance rapide de l'Ordre. Il périclita tellement qu'il fut supprimé en 1772 par une bulle de Clément XIV, échappant ainsi de peu aux foudres de la Révolution*.&lt;/p&gt; &lt;div style=&quot;text-align: center&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://fragmentsdegeographiesacree.hautetfort.com/media/02/01/1040713484.jpg&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://fragmentsdegeographiesacree.hautetfort.com/media/02/01/1447240458.jpg&quot; id=&quot;media-2020627&quot; alt=&quot;puychevrier2.jpg&quot; style=&quot;border-width: 0; margin: 0.7em 0;&quot; name=&quot;media-2020627&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Dans l'Indre, il existait cinq prieurés. J'ai déjà évoqué deux d'entre eux, celui de &lt;a href=&quot;http://fragmentsdegeographiesacree.hautetfort.com/archive/2006/04/18/la-croix-de-saint-roch.html&quot;&gt;Lourdoueix Saint-Michel&lt;/a&gt;, dont il ne reste plus guère que la trace toponymique, et celui de l'&lt;a href=&quot;http://fragmentsdegeographiesacree.hautetfort.com/archive/2005/05/12/visite_a_jovard.html&quot;&gt;Epeau&lt;/a&gt;, au bord de la même rivière &lt;b&gt;Anglin&lt;/b&gt;. Je m'aperçois d'ailleurs qu'à cette occasion, je mentionnais que ce prieuré dont il ne reste plus aucun vestige relevait justement de Puychevrier. Ces deux sites entrent donc dans des configurations symboliques de la géographie sacrée. Qu'en est-il donc de Puychevrier, seul prieuré indrien rescapé des désastres du temps ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour l'instant, je constate seulement qu'il se situe sur l'axe &lt;a href=&quot;http://fragmentsdegeographiesacree.hautetfort.com/archive/2009/03/08/le-triangle-de-pouligny.html&quot;&gt;Saint-Savin - Pouligny Saint-Pierre&lt;/a&gt;, cette fameuse diagonale qui passe au &lt;a href=&quot;http://fragmentsdegeographiesacree.hautetfort.com/tag/saint%20fleuret&quot;&gt;Saint-Fleuret&lt;/a&gt;, la stèle funéraire de Sauzelles.&lt;/p&gt; &lt;div style=&quot;text-align: center&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://fragmentsdegeographiesacree.hautetfort.com/media/01/02/7939892.jpg&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://fragmentsdegeographiesacree.hautetfort.com/media/01/02/1797458618.jpg&quot; id=&quot;media-2020629&quot; alt=&quot;puychevrier3.jpg&quot; style=&quot;border-width: 0; margin: 0.7em 0;&quot; name=&quot;media-2020629&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt; &lt;p&gt;_____________________________&lt;/p&gt; &lt;p&gt;* Sur l'histoire de l'Ordre et les monuments encore existants, on lira avec intérêt le livre de Gilles Bresson, &lt;a href=&quot;http://dorbestier.espacewebpro.fr/index1.html&quot;&gt;Monastères de Grandmont&lt;/a&gt;, Guide d'histoire et de visite, aux éditions d'Orbestier.&lt;/p&gt;
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<title>Le problème d'Aladin</title>
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<author>noreply@hautetfort.com (Robin Plackert)</author>
<category>Le Facteur de coïncidences</category>
<pubDate>Fri, 25 Sep 2009 00:26:32 +0200</pubDate>
<description>
&lt;p&gt;Nous avions laissé &lt;a href=&quot;http://fragmentsdegeographiesacree.hautetfort.com/archive/2009/09/16/histoires-minuscules-et-paralleles.html&quot;&gt;&lt;b&gt;Vila-Matas&lt;/b&gt;&lt;/a&gt; en pleine déploration sur Barcelone. Dans une autre passage de son &lt;i&gt;Journal volubile&lt;/i&gt; il récidive : pendant le pont de la Toussaint 2007, il écrit qu'on &quot;&lt;i&gt;peut presque percevoir le profond silence des habitants de la ville qui sont partis en masse, oubliant - c'est dans l'air du temps - aussi bien la révolution que les morts.&lt;/i&gt;&quot;&lt;br /&gt; &quot;&lt;i&gt;La débandade générale&lt;/i&gt;, poursuit-il, &lt;i&gt;montre clairement que, à l'instar de la révolution, le vieux culte des morts file déjà un mauvais coton en Occident et que Barcelone ne fait pas exception à la règle. On ne coexiste plus, comme jadis, avec les ancêtres et on s'éloigne dangereusement de la culture de la mémoire. Jadis on coexistait avec les morts qui mouraient mais faisaient toujours partie du paysage moral.&lt;/i&gt;&quot;&lt;br /&gt; Que lit-il au même moment ? Rien moins que &lt;a href=&quot;http://fragmentsdegeographiesacree.hautetfort.com/archive/2009/08/03/des-coincidences-revelatrices-sebald-et-kuffer.html&quot;&gt;&lt;i&gt;Campo Santo&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; de &lt;b&gt;W.G. Sebald&lt;/b&gt;. &quot;&lt;i&gt;Dans tous les livres de cet auteur&lt;/i&gt;, précise-t-il, &lt;i&gt;on trouve une prose méticuleuse et posée qui, dans sa morosité illimitée, se bat pour récupérer la souffrance, le deuil et la mémoire.&lt;/i&gt;&quot;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Il enchaîne en racontant qu'hier un livre s'est détaché d'un rayonnage, roulant par terre, livre qui se révéla être &lt;i&gt;Le Problème d'Aladin&lt;/i&gt; d'&lt;b&gt;Ernst Jünger.&lt;/b&gt; &quot;&lt;i&gt;Feuilletant les premières pages, je me suis rendu compte que Jünger avait été, lui aussi, obsédé par certains aspects de la décadence du culte des morts qui donnent tant de fil à retordre à son compatriote Sebald. Il est fort probable que, dans la vie, ils ne s'intéressaient guère l'un à l'autre, mais relisant&lt;/i&gt; Le Problème d'Aladin, &lt;i&gt;je n'ai pu m'empêcher qe trouver que ces deux écrivains, à première vue si incompatibles et, au fond, très proches&amp;nbsp; quant à leur inquiétude sur la perte accélérée de la mémoire dans notre culture, avaient en commun quelque chose d'insoupçonné.&quot;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;J'ai lu un certain nombre de livres de Jünger, mais pas &lt;i&gt;Le Problème d'Aladin&lt;/i&gt;, cependant je me souviens qu'il l'évoque dans les &lt;i&gt;Entretiens&lt;/i&gt; avec Julien Hervier. De fait, j'y retrouve au chapitre XI les mots&amp;nbsp; même qu'emploie Vila-Matas pour résumer la pensée de Jünger, et c'est à se demander si ce n'est pas précisément à ce volume d'&lt;i&gt;Entretiens&lt;/i&gt; (publié chez Gallimard, dans la collection Arcades en 1986) qu'il a puisé l'essentiel de son propos :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&quot;&lt;i&gt;Comment la culture est-elle née ? Elle est née avec le culte des morts, avec la vénération religieuse des ancêtres ; cela a commencé avec les pyramides et avec les tumulus que construisaient les hommes préhistoriques, avec leurs cavernes et leurs grottes. Tout cela se perd, et même n'existe plus. Si je me suis penché sur ces questions de sépultures, c'est que je tiens le fait que le culte des ancêtres ait beaucoup souffert pour un trait caractéristique de la décadence actuelle. Quand je vais me promener dans un cimetière, je suis saisi par un sentiment de tristesse qui n'est pas dû aux malheureux défunts, mais à l'épouvantable uniformité&amp;nbsp; avec laquelle on pense à eux.&quot;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;div style=&quot;text-align: center&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://fragmentsdegeographiesacree.hautetfort.com/media/01/02/1620707251.jpg&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;&lt;/a&gt; &lt;div style=&quot;text-align: center&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://fragmentsdegeographiesacree.hautetfort.com/media/01/01/1620707251.jpg&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://fragmentsdegeographiesacree.hautetfort.com/media/01/01/1021175326.jpg&quot; id=&quot;media-1999181&quot; alt=&quot;cimetière-ceaulmont.jpg&quot; style=&quot;border-width: 0; margin: 0.7em 0;&quot; name=&quot;media-1999181&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt; &lt;/div&gt; &lt;div style=&quot;text-align: center&quot;&gt;&lt;b&gt;Portail du petit cimetière de Ceaulmont&lt;/b&gt;&lt;/div&gt; &lt;div style=&quot;text-align: center&quot;&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt; &quot;&lt;i&gt;Quant à Sebald&lt;/i&gt;, reprend Vila-Matas, &lt;i&gt;les cimetières l'attirèrent dès sa première enfance, pas exactement par inclination morbide, mais pour vérifier qui étaient les personnes enterrées, connaître leur histoire, savoir ce qu'elles pensaient du temps où elles étaient vivantes. Et si Jünger fait remarquer que le problème d'Aladin est celui de la transcendance, Sebald regrette son déclin ou sa détérioration et l'erreur commise en expulsant la métaphysique de la philosophie. Toute l'oeuvre de Sebald semble un commentaire de cette erreur. &quot;Parce qu'il y a des choses, disait-il dans une interview, que nous ne pouvons pas nous expliquer facilement, et parce que, au-delà du social, maintenir un certain lien avec ceux qui nous ont précédés a toujours fait partie de notre condition humaine, sans doute davantage autrefois qu'aujourd'hui. Se souvenir des morts nous distingue des animaux. Jusqu'à il y a peu, la présence des ancêtres était réelle dans beaucoup de régions d'Europe. On connaissait ces gens.&lt;/i&gt;&quot; &lt;p&gt;&lt;br /&gt; Dans &lt;i&gt;Campo Santo&lt;/i&gt;, &lt;a href=&quot;http://fragmentsdegeographiesacree.hautetfort.com/archive/2009/08/03/des-coincidences-revelatrices-sebald-et-kuffer.html&quot;&gt;on l'a vu&lt;/a&gt;, se trouvent des illustrations frappantes de cette place qu'occupaient les morts dans la société corse.&lt;br /&gt; Maintenant, je voudrais juste terminer sur un autre extrait éclairant d'une interview de Sebald,&amp;nbsp; reprise dans le volume intitulé &lt;i&gt;L'archéologue de la mémoire&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Conversations avec W.G. Sebald&lt;/i&gt;, paru cette année chez chez Actes Sud. Carole Angier pose une question concernant son livre &lt;i&gt;Les Emigrants&lt;/i&gt; :&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; C. A. : Pouvez-vous nous parler de cet ami du Dr Selwyn, Johannes Naegeli, qui était guide de montagne, et de cette incroyable coïncidence qui fait qu'un jour, dans un train, vous êtes tombé par hasard sur un article qui relatait la découverte de son corps, rejeté par le glacier soixante-douze ans après sa disparition ? Cela illustre tellement bien votre ouvrage - &quot;Voilà donc comment ils reviennent, les morts&quot;.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; W.G.S. : Le Dr Selwyn m'avait parlé de l'époque où il avait vécu en Suisse avant la Première Guerre mondiale, de ce guide de montagne suisse avec qui il s'était lié d'amitié, et à quel point&amp;nbsp; cela avait été important pour lui. Plus tard je n'avais pas réussi à me souvenir&amp;nbsp; du nom qu'il avait mentionné ni même s'il avait mentionné un nom. Ni s'il avait précisé que son ami avait disparu. Mais j'ai bel et bien trouvé cet article dans un train, juste au moment où je commençais à écrire cette histoire. Un guide de montagne, la même année, au même endroit... Il suffisait d'un petit ajustement pour que ça concorde.&quot;&lt;/p&gt;
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<title>Histoires minuscules et parallèles</title>
<link>http://fragmentsdegeographiesacree.hautetfort.com/archive/2009/09/16/histoires-minuscules-et-paralleles.html</link>
<author>noreply@hautetfort.com (Robin Plackert)</author>
<category>Le Facteur de coïncidences</category>
<pubDate>Wed, 16 Sep 2009 17:42:00 +0200</pubDate>
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&lt;p&gt;Enrique Vila-Matas (&lt;i&gt;Journal volubile&lt;/i&gt;) : &quot;La vie fabrique d'étranges coïncidences. Au petit matin alors que je m'inquiétais de l'éventuelle destruction du fabuleux palmier de la rue Cardener que j'ai devant chez moi, Isabel Nuňez se souciait de celle, si redoutée, du merveilleux jujubier de la rue Arimon où elle habite. Histoires minuscules et parallèles, petits malaises graves.&quot;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Un peu plus loin : &quot;D'autres coïncidences : avant d'habiter cette maison qui est en face du palmier de la rue Cardener, je suis longtemps resté dans un appartement de la rue Arimon, (...). J'ai trouvé des informations concernant le jujubier sur le blog d'une amie d'Isabel Nuňez (&lt;a href=&quot;http://objet-a.blogspot.com/2009/09/de-lo-que-no-tenemos.html&quot;&gt;www.objet-a.blogspot.com)&lt;/a&gt; : &quot;Cet arbre (&lt;i&gt;Zizyphus Jujuba&lt;/i&gt;), &lt;i&gt;ginjoler&lt;/i&gt; en catalan, originaire de Chine, arriva probablement en Andalousie par le biais de la culture arabe. Pékin en est plein, il est très répandu dans les cours des Hutons et dans les maisons traditionnelles. En Espagne, il y en avait beaucoup à Grenade. A Barcelone, il y en a un, rue Arimon.&quot;&lt;br /&gt; &lt;a href=&quot;http://fragmentsdegeographiesacree.hautetfort.com/media/01/01/1370499273.jpg&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://fragmentsdegeographiesacree.hautetfort.com/media/01/01/1947543882.jpg&quot; id=&quot;media-1983378&quot; alt=&quot;Barcelone.jpg&quot; style=&quot;border-width: 0pt; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0pt;&quot; name=&quot;media-1983378&quot; /&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;b&gt;Barcelone, avril 2006 (voyage personnel)&lt;/b&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Chez Vila-Matas, réalité et fiction sont si entremêlées que l'on se prend à douter de tout. Ainsi, j'ai vérifié si le blog mentionné&amp;nbsp; était bien réel. Il l'est. On peut lire aussi le blog d'&lt;a href=&quot;http://isabelnunez-zbelnu.blogspot.com/&quot;&gt;Isabel Nuňez&lt;/a&gt;. Sur le site officiel de &lt;a href=&quot;http://www.enriquevilamatas.com/&quot;&gt;Vila-Matas&lt;/a&gt;, on peut d'ailleurs consulter une &lt;a href=&quot;http://www.enriquevilamatas.com/blogs.html&quot;&gt;liste assez longue de blogs&lt;/a&gt; qu'il aime à fréquenter : aucune marque de mépris ou de condescendance vis-à-vis de ce support d'expression, comme en rencontre encore souvent chez les écrivains français. De même, je suis certain que les coïncidences, ils ne les inventent pas. Pourquoi d'ailleurs les inventer lorsque la vie vous en propose si régulièrement qui défient l'imagination ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;br /&gt; Il y a un point commun entre ces écrivains de la coïncidence, que ce soit &lt;b&gt;Sebald&lt;/b&gt;, &lt;b&gt;Auster&lt;/b&gt; ou Vila-Matas, c'est l'absence de théorisation du phénomène. Rappelons ce qu'a dit Paul Auster de son &lt;i&gt;Carnet rouge&lt;/i&gt; : un art poétique sans théorie. Oui, aucune tentative d'explication n'est à relever, aucune invocation d'un principe subtil ou d'une instance cachée, aucune perspective transcendantale ou parapsychologique. Les faits seuls, rapportés précisément. Le mystère pur des faits.&lt;br /&gt; L'inexplicable de l'improbable.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;br /&gt; Il reste cette petite commotion intime que nous procure la coïncidence quand nous la vivons On peut s'en débarrasser aisément en jugeant que ce n'est justement &lt;i&gt;qu'une coïncidence&lt;/i&gt;, et disant cela nous présupposons que ce n'est en somme qu'une rencontre fortuite, ce n'est que le fameux croisement de deux chaînes causales indépendantes. Un épiphénomène sans conséquence, un détail mineur sur la toile de fond de la vie, au bout du compte une broutille. Au fond de soi-même, cependant, pour quelques-uns d'entre nous, c'est du sens qui cherche à poindre, c'est parfois un signe qui éclaire l'horizon, c'est un accord soudain dans le tohu-bohu des existences, accord qui peut être aussi l'écho d'une dissonance.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;br /&gt; Car où nous emmène donc Vila-Matas avec ses arbres en péril ? Rien moins que sur une réflexion très générale et relativement désabusée sur le devenir de sa ville :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;br /&gt; &quot; Je sais bien que la fin du jujubier, du cèdre et du palmier ne signifie pas la fin du monde, mais c'est à partir de petits malaises graves que se forge un grand malaise grave et se répand cette rumeur que beaucoup d'entre nous avons déjà entendue et qui dit que la ville étant vendue à la spéculation immobilière et à un tourisme qui nivelle tout, l'industrie culturelle étant offerte à Madrid, on assiste à la fin de Barcelone. Et il n'y a pas que la barbarie qui, en une seule matinée, est arrivée jusqu'à moi par trois voies différentes (preuve de la somme élevée de sauvageries), mais aussi ce malaise croissant : constater que la ville n'est plus à nous, qu'elle est un grand parc thématique pour étrangers et qu'à force de stupidité, Barcelone court à sa perte, comme le confirmeront simplement les prochaines années.&quot;&lt;/p&gt;
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<title>Journal volubile et Man on wire</title>
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<author>noreply@hautetfort.com (Robin Plackert)</author>
<category>Le Facteur de coïncidences</category>
<pubDate>Sun, 13 Sep 2009 22:20:00 +0200</pubDate>
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&lt;p&gt;&lt;b&gt;Le voyage à faire le voici&lt;br /&gt; Lève-toi quand ton fil se mélange à la carte du ciel&lt;/b&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Philippe Petit (&lt;i&gt;Traité du funambulisme&lt;/i&gt;, Actes&amp;nbsp; Sud, 1997)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;b&gt;Enrique Vila-Matas&lt;/b&gt;, autre écrivain majeur de la coïncidence, écrivais-je en note d'un &lt;a href=&quot;http://fragmentsdegeographiesacree.hautetfort.com/archive/2009/08/03/des-coincidences-revelatrices-sebald-et-kuffer.html&quot;&gt;article récent&lt;/a&gt;.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;a href=&quot;http://fragmentsdegeographiesacree.hautetfort.com/media/02/02/896515080.jpg&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://fragmentsdegeographiesacree.hautetfort.com/media/02/02/1152941710.jpg&quot; id=&quot;media-1978403&quot; alt=&quot;vila-matas-journal-volubile.jpg&quot; style=&quot;border-width: 0; float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0;&quot; name=&quot;media-1978403&quot; /&gt;&lt;/a&gt;De la&amp;nbsp; médiathèque, je rapportai mercredi le dernier ouvrage du catalan : &lt;a href=&quot;http://www.christianbourgois-editeur.com/fiche-auteur.php?Id=121&quot;&gt;&lt;i&gt;Journal volubile&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, publié chez Christian Bourgois, et m'y plongeai immédiatement, car la lecture de Vila-Matas est toujours jubilatoire. Le thème de la coïncidence ne tarda pas à affleurer, mais je reviendrai là-dessus dans une prochaine note, transportons-nous plutôt vers la page 223 - nous sommes en décembre 2007 - et l'écrivain évoque le funambule Philippe Petit :&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &quot;&lt;i&gt;Paul Auster se souvient encore très bien et avec émotion du matin de 1974 où son ami le funambule &lt;a href=&quot;http://fr.wikipedia.org/wiki/Philippe_Petit_%28funambule%29&quot;&gt;Philippe Petit&lt;/a&gt; &quot;fit un cadeau d'une étonnante et incontestable beauté à New York&quot;. Ce jour-là, &lt;a href=&quot;http://boiteaoutils.blogspot.com/2008/04/7-aout-1974-philippe-petit-joint-les.html&quot;&gt;Philippe Petit&lt;/a&gt;, après des mois de préparatifs, tendit à la surprise de tous un fil d'acier entre les tours jumelles du World Trade Center, alla d'une terrasse à l'autre et &lt;a href=&quot;http://www.dailymotion.com/video/x80d6s_philippe-petit-traverse-le-world-tr_travel&quot;&gt;traversa le vide&lt;/a&gt; en quarante-cinq minutes immortelles.&lt;/i&gt;&quot; &lt;b&gt;Paul Auster&lt;/b&gt;, ami de Vila-Matas, est un autre écrivain majeur de la coïncidence, comme en témoigne éloquemment &lt;i&gt;Le Carnet rouge&lt;/i&gt;, un recueil de treize histoires vraies - Auster insiste bien là-dessus - qui reposent toutes sur des coïncidences improbables. &quot;&lt;i&gt;De son&lt;/i&gt; Carnet rouge, écrivent les éditeurs, &lt;i&gt;où il consigne et même collectionne des événements étranges par leurs coïncidences, Paul Auster dit que &quot;c'est un art poétique sans théorie&quot;.&lt;/i&gt; &quot; J'ai ressorti le livre de son rayonnage et vu que je l'avais acheté à Lyon, dans la collection Babel, le 25 avril 1995.&amp;nbsp; En août 1997, à La Châtre, c'est le &lt;i&gt;Traité du funambulisme&lt;/i&gt; de Philippe Petit que je m'étais procuré, et c'est Paul Auster, encore lui, qui en signait la préface.&lt;br /&gt; J'en étais donc là jeudi soir 10 septembre et jusqu'ici, je vous l'accorde, rien de remarquable à signaler. Le lendemain, je me rends à mon travail, à pied, mais j'arrive un peu en avance, la grille du bâtiment où doit avoir lieu la réunion est encore fermée. Je repars en sens inverse et, au petit marchand de journaux de la Place Monestier, j'achète &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;. Pour passer le temps, je suis comme ça, j'achète des quotidiens nationaux menacés par la presse gratuite et l'internet.&lt;br /&gt; Mais c'est seulement dans l'après-midi que j'ai le temps de m'y plonger. Vendredi, jour du supplément littéraire. Or, dans &lt;a href=&quot;http://www.lemonde.fr/livres/article/2009/09/10/et-que-le-vaste-monde-poursuive-sa-course-folle-de-colum-mccann_1238333_3260.html&quot;&gt;un article de Florence Noiville&lt;/a&gt; sur le dernier roman de Colum Mac Cann, voici que resurgit le funambule :&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;span class=&quot;dropcap&quot;&gt;&quot;A&lt;/span&gt;u milieu de son nouveau roman, &lt;a href=&quot;http://www.lemonde.fr/sujet/e90e/colum-mccann.html&quot; class=&quot;listLink&quot;&gt;Colum McCann&lt;/a&gt; a glissé une photo. C'est une image rectangulaire, en noir et blanc, page 297. On y voit les tours du &lt;a href=&quot;http://www.lemonde.fr/sujet/b559/world-trade.html&quot; class=&quot;listLink&quot;&gt;World Trade&lt;/a&gt; Center reliées entre elles par un câble, avec... qu'est-ce donc que ce point noir minuscule posé sur le fil ? Un homme ? Oui, un homme avec une perche dans les mains. Un homme dont la silhouette dessine comme une croix. Debout dans les nuages, il danse au-dessus du vide, à la hauteur du 110&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; étage...&lt;br /&gt; Tout le livre tourne autour de cette &lt;i&gt;&quot;miniature noire dans un ciel orageu&lt;/i&gt;&lt;i&gt;x&quot;&lt;/i&gt;. Une vision qui reflète un fait divers réel : le 7 août 1974, un funambule nommé &lt;a href=&quot;http://www.lemonde.fr/sujet/1c88/philippe-petit.html&quot; class=&quot;listLink&quot;&gt;Philippe Petit&lt;/a&gt; - un Français - s'amusa à traverser, à 412 mètres du sol, la distance qui séparait alors les &lt;a href=&quot;http://www.lemonde.fr/sujet/0ee3/twin-towers.html&quot; class=&quot;listLink&quot;&gt;Twin Towers&lt;/a&gt;. &lt;i&gt;&quot;Ceux qui le virent se turent&lt;/i&gt;, écrit McCann. (...) &lt;i&gt;Un silence terrible, superbe, à l'écoute de lui-même. Certains pensèrent à une illusion d'optique, un effet d'atmosphère.&lt;/i&gt; (...) &lt;i&gt;D'autres se signèrent. Les yeux fermés, en l'attente d'un bruit sourd.&quot;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;&lt;/i&gt; Le soir même, je retournai au &lt;i&gt;Journal volubile&lt;/i&gt; et relisai les pages consacrés à Philippe Petit, et je m'avisai que nous étions précisément à cette date anniversaire du &lt;b&gt;11 septembre&lt;/b&gt;, qui n'a pas fini de hanter l'Amérique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;________________________________________&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Hier soir, je reçois un message de Facebook : Gunnar B. m'a ajouté en tant qu'ami et je suis amené à&amp;nbsp; confirmer ou non cette demande. Il faut savoir que je ne suis pas vraiment un usager de Facebook, j'y ai ouvert un compte par curiosité je ne sais même plus à quelle date, et depuis je n'y avais plus touché. Or, le 2 septembre dernier, Aurore B. B. m'ajoutait en tant qu'ami. C'était la première amie que j'avais sur Facebook... Elle avait découvert le blog et&amp;nbsp; retrouvé ma trace sur le réseau (alors que je n'avais jamais donné une quelconque publicité à cette inscription). J'acceptai son offre par curiosité, et voici donc que son mari, Gunnar, suédois né la même année que moi, me sollicitait à son tour. J'ai également accepté (j'ai donc maintenant deux amis, c'est magnifique) d'autant plus que le message en tête de sa page résonnait furieusement avec la coïncidence que j'ai évoquée plus haut. Qu'on en juge :&lt;br /&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;div style=&quot;text-align: center&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://fragmentsdegeographiesacree.hautetfort.com/media/01/00/148617654.jpg&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://fragmentsdegeographiesacree.hautetfort.com/media/01/00/1237894844.jpg&quot; id=&quot;media-1978348&quot; alt=&quot;gunnar-WTC.jpg&quot; style=&quot;border-width: 0; margin: 0.7em 0;&quot; name=&quot;media-1978348&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
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<title>Noirlac et les Terres du Centre</title>
<link>http://fragmentsdegeographiesacree.hautetfort.com/archive/2009/08/21/noirlac-et-les-terres-du-centre.html</link>
<author>noreply@hautetfort.com (Robin Plackert)</author>
<category>Echappées</category>
<pubDate>Fri, 21 Aug 2009 23:14:00 +0200</pubDate>
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&lt;p&gt;C'est une des splendeurs du Berry, et c'est chaque fois un ravissement que de la découvrir de la route légèrement en surplomb qui suit la vallée du Cher. Pourtant ce bijou médiéval n'a pas encore pris sa place dans les rets de la géographie sacrée, je veux parler de l'abbaye cistercienne de &lt;a href=&quot;http://www.abbayedenoirlac.fr/index.php&quot;&gt;&lt;b&gt;Noirlac&lt;/b&gt;&lt;/a&gt;, près de Saint-Amand Montrond : elle ne jalonne aucun alignement significatif, ne participe d'aucune figure stellaire, mais je me dis qu'un jour cela viendra, que cette absence est bien la preuve qu'il reste beaucoup de choses à découvrir. Je me trompe peut-être mais au fond cela n'a pas d'importance ; en tout cas, surtout pas d'acharnement&amp;nbsp; herméneutique, pas de tentative d'épuisement des azimuts symboliques, pas de maillage systématique, règle et compas à la main, l'expérience m'a enseigné que ce forçage ne mène à rien. Il faut savoir attendre l'éclaircie.&lt;/p&gt; &lt;div style=&quot;text-align: center&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://fragmentsdegeographiesacree.hautetfort.com/media/02/01/573029934.JPG&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://fragmentsdegeographiesacree.hautetfort.com/media/02/01/1978442202.JPG&quot; id=&quot;media-1937317&quot; alt=&quot;DSCF6481.JPG&quot; style=&quot;border-width: 0; margin: 0.7em 0;&quot; name=&quot;media-1937317&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt; &lt;p&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Et dans l'attente, revoir encore une fois Noirlac, sous le soleil d'août, dans la lumière intense de l'été qui fait resplendir la grande nef. Et puis il est une autre bonne raison de s'y rendre, c'est d'admirer le travail de l'artiste japonais &lt;b&gt;&lt;a href=&quot;http://www.abbayedenoirlac.fr/les-rendez-vous-artistiques-terres-du-centre-centre-de-la-terre-31-2.html&quot;&gt;Koîchi&lt;/a&gt; &lt;a href=&quot;http://cileclic.blogspirit.com/tag/noirlac&quot;&gt;Kurita&lt;/a&gt;&lt;/b&gt;, qui expose les terres qu'il a recueillies dans le Centre.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia,palatino;&quot;&gt;&lt;i&gt;&quot;La terre, dans l'esprit des gens, est quelque chose de sale. Mon travail consiste, au contraire, à en restituer la pureté et la beauté&quot;.&lt;/i&gt; &lt;a href=&quot;http://furoshiki.wordpress.com/2009/04/02/memoire-de-la-terre-soil-memory-kurita_koichi/&quot;&gt;Kôichi Kurita&lt;/a&gt; aime la terre, cette matière qui donne la vie et porte en elle la marque de l'homme. Depuis une quinzaine d'années, il arpente le Japon et d'autres pays, dont la France, pour collecter et archiver les couleurs de la terre. A la base des mandalas minimalistes qu'il compose se cache un travail de longue haleine. Chaque prélèvement est mis en sachet et annoté du nom de la commune où il a été effectué. L'unité de mesure est toujours la main, &lt;i&gt;&quot;parce qu'en prendre plus n'aurait plus de sens.&quot;&lt;/i&gt; La terre est ensuite séchée et nettoyée de ses scories : feuilles, brindilles, cailloux... Elle est enfin concassée, voire tamisée, selon les besoins de l'oeuvre à réaliser.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia,palatino;&quot;&gt;&lt;i&gt;&lt;span style=&quot;background-color: #fbfbfd;&quot;&gt;&quot;L'abbaye de Noirlac est un lieu simple, idéal pour travailler et penser au futur. Les visiteurs peuvent aussi penser à eux dans cet espace, découvrir le chemin à prendre pour le monde de demain. Mon travail artistique pourrait être une petite aide pour eux.&quot; (Texte de l'exposition)&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;br /&gt; Le plus grand mérite de cette installation est sans doute de nous laver le regard, en nous réapprenant à voir l'élémentaire, cette terre si proche et si lointaine, dont la polychromie (de celle-ci, nous n'étions pourtant pas totalement ignorants) nous frappe extraordinairement dès lors qu'elle s'épanouit dans la vaste composition de Kurita. La beauté surgit de ces simples poignées de terre rassemblées et magnifiées par la lumière cistercienne.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;br /&gt; &lt;img src=&quot;http://www.decitre.fr/gi/12/9782757805312FS.gif&quot; alt=&quot;9782757805312FS.gif&quot; style=&quot;border-width: 0; float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0;&quot; height=&quot;235&quot; width=&quot;140&quot; /&gt;Dans la librairie, j'ai constaté avec plaisir que le superbe livre de &lt;b&gt;Fernand Pouillon&lt;/b&gt;, &lt;a href=&quot;%20http://www.decitre.fr/livres/Les-pierres-sauvages.aspx/9782757805312&quot;&gt;&lt;i&gt;Les pierres sauvages&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, était enfin réédité en Points-Seuil. Dans l'exemplaire de l'édition originale déniché un peu miraculeusement en mai 2007 au &lt;a href=&quot;http://lebleufouillis.canalblog.com/&quot;&gt;Bleu Fouillis des Mots&lt;/a&gt;, j'y ai recherché un passage sur la terre, et c'est la figure de Joseph le vieux potier, qui s'est imposée. Jour de Sainte Camille, dix-huitième jour de juillet, le maître d'oeuvre du Thoronet l'observe avec admiration fabriquer ses tuiles :&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;span style=&quot;font-family: georgia,palatino;&quot;&gt;&quot; Ah, dit-il, quand je passe devant un de mes toits, je sais que je l'ai caressé des milliers de fois, et ça c'est quelque chose.&quot;&lt;br /&gt; C'est vrai, tout ce monde sort de ses mains, depuis le moment où il arrache de ses grands doigts jusqu'au jour où il défournera ; cent fois il aura caressé cette peau toujours belle, avec ce geste qui frotte pour faire valoir la matière. Longtemps, j'ai contemplé ces formes côte à côte pour des siècles ; je souhaite qu'elles s'aiment et vivent heureuses ensemble. Je voudrais bien que Joseph sache tout ce que je pense, croie tout ce que j'apprécie, comprenne que ce que j'ai vu est une joie de ma vie.&quot;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: arial,helvetica,sans-serif;&quot;&gt;Commissaire de l'exposition : &lt;b&gt;Dominique Truco&lt;/b&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: arial,helvetica,sans-serif;&quot;&gt;&lt;b&gt;Exposition du 1er août au 20 septembre 2009. &lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;Abbaye de Noirlac - Centre culturel de rencontre - 18200 Bruère-Allichamps. Tél.: +33 (0)2 48 62 01 01. Ouverture tous les jours de 10h à 18h30.&lt;/span&gt;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: arial,helvetica,sans-serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;Voir aussi l'article de François Bon su&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;r&lt;/span&gt; &lt;b&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article689&quot;&gt;Tiers-Livre&lt;/a&gt;.&lt;/span&gt;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;div style=&quot;text-align: center&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: arial,helvetica,sans-serif;&quot;&gt;&lt;b&gt;&lt;a href=&quot;http://fragmentsdegeographiesacree.hautetfort.com/media/00/01/1575581082.jpg&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://fragmentsdegeographiesacree.hautetfort.com/media/00/01/441526127.jpg&quot; id=&quot;media-1937320&quot; alt=&quot;noirlac-cloitre.jpg&quot; style=&quot;border-width: 0; margin: 0.7em 0;&quot; name=&quot;media-1937320&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
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<title>La grande fractale marine</title>
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<author>noreply@hautetfort.com (Robin Plackert)</author>
<category>Le Facteur de coïncidences</category>
<pubDate>Sat, 15 Aug 2009 11:01:37 +0200</pubDate>
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&lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://www.actes-sud.fr/couv_jpg/9782742777051.jpg&quot; alt=&quot;9782742777051.jpg&quot; style=&quot;border-width: 0; float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0;&quot; /&gt;Le deuxième livre commencé après celui de &lt;a href=&quot;http://fragmentsdegeographiesacree.hautetfort.com/archive/2009/08/13/44b2aac253507e4cf15fa9897581f534.html&quot;&gt;Sebald&lt;/a&gt; est &lt;a href=&quot;http://www.actes-sud.fr/pages_dediees/323.php&quot;&gt;&lt;i&gt;Zone&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, le dernier roman de Mathias Enard (Actes Sud, 2008), fresque puissante en vingt-quatre chants, sorte de moderne Iliade, traversé par toute la violence du XXème siècle. Histoire d'un homme qui, dans le train de nuit l'emmenant de Milan à Rome, se remémore parmi les soubresauts d'une considérable gueule de bois les épisodes souvent douloureux d'une existence rongée par la guerre et les remords. J'ai été frappé d'y retrouver une interrogation proche de celle de Sebald, question vibrante posée à soi-même et qui ne peut recevoir de réponse :&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &quot;(...) &lt;i&gt;pourquoi cet intérêt pour le vieil Hollandais, pour les &quot;étrangers&quot; raflés en Egypte en 1956 et 1967, pour la prison de Qanâter, peut-être était-ce l'effet de Jérusalem, une volonté de pénitence ou de chemin de croix, sait-on toujours ce que les dieux nous réservent ce que nous nous réservons à nous-mêmes, le projet que nous formulons, de Jérusalem à Rome, d'une ville éternelle à l'autre, l'apôtre qui renia par trois fois son ami dans l'aube blafarde d'une nuit d'orage m'a peut-être guidé la main, qui sait, il y a tant de coïncidences, de chemins qui se recroisent dans la grande fractale marine où je patauge sans le savoir depuis des lustres, depuis mes ancêtres mes aïeux mes parents moi mes morts et ma culpabilité&lt;/i&gt; (...)&quot; (pp. 76-77)&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Particularité stylistique de ce roman : il ne comporte pas de point, quelques virgules et tirets, mais pas de point. C'est une immense et vertigineuse coulée verbale, une lave dévalant le flanc d'un volcan en éruption, charriant les gaz, les fumées et les débris d'un monde convulsif. Ne surtout pas en déduire que la lecture en est entravée et difficultueuse, bien sûr on est loin du petit roman calibré, égo ou gallocentré, empli de personnages falots et sympas, qui pousse comme chiendent sur les étals des libraires, mais on n'y trouvera pas non plus d'hermétisme et de didactisme pesant. Il suffit en fait de s'abandonner à son mouvement tectonique, à sa houle profonde, pour être porté à son tour vers une ample méditation où s'entremêlent l'horreur et la beauté.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
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