08 juillet 2005
Si souvent la fortune ôte
A ma mère, dont c'est aujourd'hui l'anniversaire.
La source de la Bouzanne est le but d'un pélerinage le Mardi de la Pentecôte. Une statue de Notre-Dame de la Bouzanne y est conduite en procession. Il est encore d'usage de jeter des pièces de monnaie dans le bassin du sanctuaire, offrande gratuite ou espérance d'être exaucé de quelque voeu... Autrefois, l'affaire était plus grave. S. Clément rapporte qu'on apportait de l'eau de la fontaine aux malades en danger de mort : « A cet effet, trois pélerins de même sexe, de même âge et de même condition que le malade partent ensemble en récitant le rosaire. »(Aigurande et ses sanctuaires, Châteauroux, 1910)
Alors que beaucoup de fontaines ayant fait l'objet d'un rite sont de nos jours tombées dans l'oubli, ne sont plus parfois qu'un bouillonnement obscur dans le coin d'un pré, la source de la Bouzanne se présente dans un lieu vaste et bien dégagé, et le pélerinage a même connu cette année un surcroît de ferveur, en raison de la présence de Monseigneur Barbarin, archevêque de Lyon, tout juste revenu du conclave.

Pentecôte.
(BNF, LAT 18014)
fol. 69
Petites Heures de Jean de Berry
France, Paris XIVe s.
(55 x 45 mm)
La Pentecôte chrétienne commémore la descente de l'Esprit-Saint sur les Apôtres et, en définitive, marque la naissance de l'Eglise, car c'est à partir de ce jour-là qu'elle va se développer par toute la terre.
Elle est aussi le point de départ obligé de l'action de plusieurs romans arthuriens. Ainsi, Yvain, le chevalier au lion, de Chrétien de Troyes, commence-t-il par ces mots :
« Arthur, le noble roi de Bretagne, dont la valeur exceptionnelle nous enseigne à être vaillants et courtois, tint une cour splendide, bien digne d'un roi, à l'occasion de cette fête, qui, si souvent la fortune ôte, qu'on a bien raison de l'appeler Pentecôte. » (trad. C.A. Chevalier, Livre de Poche, 1988)
De même, la Quête du Graal :
« A la veille de la Pentecôte, vers l'heure de none, les compagnons de la Table Ronde qui venaient d'arriver à Camaalot se mettaient à table, après avoir assisté à l'office, quand une très belle Demoiselle entra à cheval dans la salle. » (Edition présentée par Albert Béguin et Yves Bonnefoy, Seuil, 1965)
De la même manière, c'est à la Pentecôte que Galaad surgit dans le palais du roi Arthur, en armure vermeille rappelant les langues de feu descendues sur les apôtres ce jour-là.
Selon Yves-Albert Dauge, le Graal correspond à l'essence même de l'ésotérisme universel, et tout particulièrement à la clef de l'ésotérisme judéo-chrétien. La géographie sacrée, s'inscrivant avec évidence dans le champ de manifestation de celui-ci, ne peut pas ne pas avoir tissé de liens avec cet extraordinaire symbole : la zone Cancer, et singulièrement cette bande de territoire partant d' Aigurande et suivant la ligne de partage des eaux de l'Indre et de la Creuse, illustre pleinement, nous allons le voir, cette rencontre.
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06 juillet 2005
Bouzanne, rivière matricielle
Sur la méridienne de Neuvy Saint-Sépulchre, ligne de partage entre Gémeaux et Cancer, se trouve la source de la Bouzanne. Cette petite rivière - nous le verrons plus tard en détail lors de l'étude de Bourges et du signe du Scorpion – est un élément très important de la géographie sacrée du peuple biturige. Pour le dire vite, elle marquerait le culte de la souveraineté celtique et serait homologique au fleuve Boyne du comté de Meath (centre spirituel de l'Irlande), dont la divinité éponyme est Boand ou Boann. La géographie zodiacale a, semble-t-il, parfaitement intégré ce symbolisme et la Bouzanne apparaît comme une véritable rivière matricielle : prenant naissance en Cancer, signe des eaux-mères, elle arrose l'ombilic neuvicien avant de se jeter dans la Creuse au Pont-Chrétien, en secteur Poissons, dans le signe des eaux océanes.

Près de la source, s'élève la cité d'Aigurande, l'antique Equoranda, dont le nom signifie selon Dauzat « limite de l'eau ». Comme Ingrandes, elle indique par son suffixe randa, frontière, qu'elle est située à la limite de deux peuples celtes : Aigurande séparait les Lémovices des Bituriges. D'ailleurs, elle a gardé jusqu'à nos jours son caractère frontalier, délimitant ensuite Marche et Berry, et aujourd'hui Indre et Creuse.
Puits à Aigurande
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05 juillet 2005
Jeanne et Jean
L'union des amants est, dans le principe, la même que celle des deux Creuse : « On a vu, dit Jacques Lacarrière, combien le langage anthropomorphique que nous continuons d'employer à propos de l'eau - « l'eau qui chante », « fondre en larmes » - révèle à notre insu les antiques associations entre l'eau et la vie. Aussi, en voyant deux fleuves « mêler leurs eaux » ou « entremêler leurs bras », les poètes antiques pensèrent-ils naturellement à un entrelacement amoureux. Aimer, pour un fleuve, cela consiste précisément à se jeter dans les « bras » d'un autre fleuve. Les confluents sont des lieux de conjonction amoureuse* et « les eaux mêlées » le symbole de l'union absolue. Le fleuve, en effet, possède le privilège de pouvoir s'unir si complètement à sa partenaire aquatique qu'il est ensuite impossible de distinguer les deux conjoints. » (En suivant les dieux, Philippe Lebaud, 1984, p. 100)
A l'intérieur de notre secteur Gémeaux, le dernier écho perceptible de cette symbolique émane du Mas Saint-Jean, sur une hauteur boisée près de Dun-le-Palestel, où une petite chapelle, « dont les origines remontent peut-être au XIe siècle, aurait reçu au XIVe siècle la visite de Jeanne d'Arc, accompagnée par Jean de Brosse. Aucun texte ne confirme, ni n'infirme cette légende. Pourquoi ne pas la croire, apprécier le charme du lieu, et contempler le superbe panorama où le Berry apparaît dans le lointain ? » (Gilles Rossignol, Guide de la Creuse, La Manufacture, 1985, p. 85) Sage décision. En fait, il ne s 'agit pas de prêter foi ou non à la légende, mais bien plutôt de déceler le sens qu'elle renferme, et qui est ici on ne peut plus clair : Jeanne et Jean rééditent en filigrane nos couples mythiques.
De plus, la situation élevée du lieu a permis l'érection d'un alignement significatif.
Vers le sud-est, il se dirige sur Puyjean et le Puy de Gaudy, près de Guéret, qui culmine à 651 mètres, ancien oppidum gaulois aux murailles vitrifiées. Des restes de chapelle et une nécropole témoignent de sa fonction religieuse au Moyen Age. Son nom même (du latin gaudium, joie) l'assimile à une montjoie, c'est-à-dire un lieu souvent marqué d'un cairn, d'où les pèlerins ont le grand bonheur d' apercevoir le sanctuaire qui a motivé leur long voyage.
Vers le nord-ouest, l'axe passe à Dunet, Dun-le-Palestel (dunum, hauteur fortifiée), pour aboutir aux hameaux de Vaussujean et Lagouttejean. Difficile d'invoquer le hasard, d'autant plus que la carte IGN utilisée pour cette recherche (Dun-le-Palestel, 1/50000) ne mentionne aucun autre lieu « Jean » sur le territoire qu'elle recouvre.
La Saint-Jean d'été marque l'apogée de la lumière. Le soleil va maintenant se coucher chaque jour un peu plus vers le sud-ouest. La nuit relève la tête : elle ne domine pas encore en durée, mais elle croît chaque jour, insensiblement tout d'abord. Nous sommes parvenus sous le signe de Cancer.
*C'est moi qui souligne.
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