12 avril 2009
Le chemin de lumière de Vézelay
Notre esprit moderne est tenté de projeter des oppositions entre le narthex, la nef et le choeur. En fait, ces moments de la construction, de structure architecturale différente, sont dans une étonnante continuité ; les bâtisseurs ont conféré au monument sa signification particulière : àla fois église monastique et église de pélerinage, la Madeleine offre aux fidèles de passer, en son espace intérieur, des ténèbres de l'Ouest à la lumière du soleil levant, signe du triomphe définitif du Christ sur la mort.
Hugues Delautre et Jacqueline Gréal, Vézelay, Editions franciscaines 2001, p.8.
A Vézelay, comme à Sauzelles, pour la prestigieuse basilique romane comme pour la discrète stèle funéraire gallo-romaine, l'orientation, au sens propre du mot, est, on l'a vu, décisive. On peut maintenant nous objecter que ceci n'a rien d'extraordinaire : la grande majorité des églises ne sont-elles pas dirigées vers l'est ? Suivant en cela les leçons d'une certaine théologie où le soleil levant apparaît comme le symbole de la résurrection. « Il est convenable, écrivait ainsi Saint Thomas d'Aquin au XIIIe siècle, que nous adorions le visage tourné vers l'orient parce que le Christ, lumière du monde, est appelé orient par le prophète Zacharie, et parce que c'est à l'Orient qu'il viendra au dernier jour. »
Avec Vézelay, cependant, l'architecture ne se contente pas d'une simple orientation de l'axe majeur allant du porche au chevet : la prise en compte des coordonnées cosmiques, de l'inscription du monument dans son espace-temps singulier débouche sur un dispositif beaucoup plus subtil, où la lumière matérielle vient exalter la nef en des endroits précis, à l'occasion des rendez-vous cruciaux de l'éphéméride : « A Vézelay, note Paul Gagnaire,* dans la basilique de la Madeleine, lors du solstice d'été, le Soleil, traversant les vitraux de la nef, côté Sud, projette, au milieu de l'allée centrale, un chapelet de dix grosses taches de lumière, circulaires, qui, telles des "pas chinois", tracent un chemin depuis le narthex jusqu'au chœur . »
A 14h27 le 23 juin 1976 dans la nef de la basilique de Vézelay, le Père Hugues Delautre o.f.m. a donné rendez-vous au soleil, à cet instant précis en culmination par rapport à la terre, pour qu'il lui manifeste le secret de l'édifice. Photographie de François Walch
C'est donc un véritable chemin de lumière que présente la Madeleine. Hugues Delautre, le père franciscain qui a le premier, semble-t-il, remis en évidence l'architecture cosmique de l'édifice, écrit qu'au solstice d'été, la fête de saint Jean-Baptiste marque le triomphe de la lumière, « selon les derniers versets du Cantique prononcé par Zacharie, le père du Précurseur, à l'occasion même de cette nativité :
« Et toi, petit enfant, tu précéderas le Seigneur pour donner à son peuple la connaissance du salut, oeuvre de la miséricordieuse tendresse de notre Dieu qui nous amènera d'en haut la visite du Soleil levant, afin d'illuminer ceux qui se tiennent dans les ténèbres et l'ombre de la mort, afin de guider nos pas dans le chemin de la paix. » (Luc 1, 76-79)
Pendant que la communauté monastique psalmodiait ce cantique d'actions de grâces au terme de l'office de l'aurore, l'homme roman, dont la sensibilité était informée d'instinct dans le langage si précis et intime des pierres, debout dans le galilée encore enfoui de ténèbres, voyait le soleil à son lever irradier progressivement le choeur, « Gloire du Christ ressuscité, Soleil véritable, tout éclatant de splendeur éternelle. » (p. 28)
Je suis heureux de poster cet article le jour même de Pâques (ce qui n'est nullement prémédité de longue date, n'ayant moi-même retrouvé l'opuscule sur Vézelay dont j'use ici amplement que depuis quelques jours). Et je laisserai à Grégoire de Nysse, lui-même cité par Hugues Delautre, le soin de conclure :
« A Pâques, les jours sont égaux aux nuits, et la lune étant à son 14ème jour de sa course, n'a aucune partie d'elle-même qui soit ténébreuse. Elle brille donc elle-même de l'éclat qu'elle reçoit du soleil. Aussi le jour de Pâques la lumière luit le jour comme la nuit, sans que les ténèbres lui fassent obstacle. »
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* Il faut lire absolument la remarquable étude que cet auteur a consacrée à la gnomonique religieuse, hébergée sur le site de l'Ecole Normale Supérieure de Lyon. Je l'ai trouvée très récemment grâce à cet autre lien, une étude de André E. Bouchard.
NB : Cette note est inscrite en Scorpion, car Vézelay se situe dans le signe du Scorpion dans le zodiaque neuvicien. Je rappelle à cette occasion que la colline de Vézelay est dénommée le Mont Scorpion, ce que rappelle Paul Gagnaire dans son étude.
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19 décembre 2007
Le pommier de saint Marien
Comme un pommier parmi les arbres d’un verger,
Ainsi mon bien-aimé parmi les jeunes hommes.
A son ombre, désirée, je me suis assise,
Et son fruit est doux à mon palais.
(Cantique des Cantiques )
L'axe Saint-Genou - Saint-Ambroix n'a pas encore livré tous ses secrets : en le prolongeant quelque peu vers l'est, j'eus la surprise de rencontrer le hameau du Grand Malleray. Celui-ci est loin d'être anodin, étant placé sur le fameux méridien de Toulx Sainte-Croix qui s'exalte jusqu'à Mehun-sur-Yèvre. J'ai déjà signalé la concentration de lieux phonétiquement proches autour de cet axe majeur, concentration que j'avais mise en relation avec le cheval Mallet, bête diabolique décrite par Henri Dontenville.
Une autre piste se présente aujourd'hui à moi à la lecture du livre toujours aussi précieux de Stéphane Gendron, Les noms de Lieux de l'Indre : l'étymologiste propose en effet de rattacher Malleray au latin malum "pomme". Ce toponyme est peu fréquent dans le département : cinq occurrences seulement ont été relevées, dont deux à Palluau. Sur les cinq, je n'ai pu en repérer qu'une seule, La Malleraie, sur la carte IGN au 1/25000, qui se situe, est-ce un hasard ? sur l'axe Palluau-Saint-Genou.
Le méridien de Toulx passe à proximité de Saint-Marien, un petit village de la Creuse situé presque à l'intersection de quatre départements, outre la Creuse, le Cher, l'Indre et l'Allier. Il doit son nom à un ermite du milieu du Vème siècle. Né à Bourges, Marien, après avoir vécu six ans au monastère de Pressigny, au sud de Tours, se retira pendant 44 ans dans la solitude près d'Epineuil-le-Fleuriel (le village d'Alain-Fournier). Vers la fin de sa vie, il aurait remonté la rive droite du Cher et se serait installé à l'ermitage d'Entraigues, au confluent du Cher et de la Tardes, "au fond des gorges où, nous dit Grégoire de Tours, il se nourrit de miel et de fruits sauvages ; souvent beaucoup de monde venait le voir. C'est là qu'on le trouve mort en 513, sous un pommier sauvage." ( Microtoponymie rurale et histoire locale, Pierre Goudot, Cercle d'Archéologie Montluçon, 2004, p. 260)Saint Marien, comme saint Martin à Candes, meurt donc près d'un confluent. Il a sans doute pris la place d'une ancienne divinité celtique liée aux eaux, peut-être le Mars Condatis celtique (l'église d'Epineuil est également placée sous le vocable de saint Martial). Près de Jurigny sur la commune de Saint-Marien, la fontaine d'Arnon est située non loin des sources de l'Arnon, affluent du Cher et rivière sacrée s'il en est. Un pèlerinage y était organisé le 10 octobre (le dernier remonterait à 1892).
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20 mars 2006
Vézelay, le Mont Scorpion
(H. Delautre, J. Gréal, Vézelay, Basilique Sainte Madeleine, Editions Franciscaines, p. 5.)
Vézelay, désignée par Colette dans un récent commentaire, s'est donc imposée à moi. J'aime ces surprises, ces ouvertures soudaines sur un ailleurs, comme un rideau dévoilant une pièce oubliée. Vézelay, je connaissais, du moins je croyais connaître, j'en avais arpenté les rues, éprouvé les pentes, je savais que la voie jacquaire passant à Neuvy en provenait, mais Vézelay était restée jusque là muette, lointaine, indifférente au périple zodiacal. Et puis d'un seul coup, elle s'y épanouit, devient nécessaire et complète une partie du puzzle cosmique.
Quelques coïncidences achevèrent d'emporter ma conviction : un être cher me signalant un livre de littérature de jeunesse se déroulant tout entier à Vézelay, et s'achevant sur une citation de Jules Roy, illustre habitant de la vieille cité :
« Le week-end dernier, juste avant de quitter Vézelay pour rejoindre sa compagnie en Espagne, Suzelle a été attirée, en marchant, par le titre d'un ouvrage exposé dans la vitrine du libraire : Vézelay ou l'amour fou, signé Jules Roy. Elle se l'est offert pour accompagner son voyage. Entre le train et l'avion, elle n'a pu s'empêcher de souligner au crayon :
« Vue du ciel, la ville représente en effet une forme courbe, un abdomen à sept anneaux, avec une queue à segments dont le dernier est armé d'un aiguillon sans doute venimeux.
De tous les signes du zodiaque qui figurent dans les voussures des tympans pour représenter l'univers et les saisons, le Scorpion caractérise Vézelay par le drame vie-mort-vie.
Vézelay n'existe plus que par l'amour, et par la mort vaincue. »
( Les roses de cendre, Erik Poulet-Reney, Syros, 2005, pp.119-120)
Vezelay, Mont Scorpion, cela je l'ignorais jusqu 'à ce jour. Or, il est facile de vérifier que, comme Bourges,Vézelay est situé dans le signe du Scorpion du zodiaque neuvicien.
C'est sur cette belle rencontre, où certains ne verront encore une fois que le triomphe du hasard, que je fête le premier anniversaire de ce blog. A cette occasion, qu'il me soit permis de saluer tous les lecteurs fidèles ou irréguliers qui me suivent sur ce chemin d'étoiles.
Mille mercis à l'Oiseau nervalien, l'Artiste LKL, ATP malheureusement en sommeil depuis juillet 2005, Gatito, Colette et Marc pour leurs liens et/ou leurs commentaires qui m'ont si souvent permis de prolonger, rectifier, préciser tel ou tel fragment de géographie sacrée...
Une pensée enfin pour mes proches dont je ne louerai jamais assez la patience et la compréhension. Mon amour les accompagne.
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10 février 2006
Le portulan occulte

J'incline à considérer Tranzault comme le coeur même de la croix en tau dont la barre supérieure serait figurée par l'axe Sarzay-Lys . Lys, avec son donjon massif elliptique, représenterait alors la Lune, principe féminin, tandis que Sarzay, par les cinq tourelles de son donjon, exprimerait les cinq étoiles du blason. Le soleil (grec helios) pourrait, lui, avoir quelque rapport avec Hélyon II « le brave », seigneur de Barbançois-Sarzay, dont la curieuse biographie est incontestablement marquée par le chiffre 7 : mariage le 25 octobre 1507 avec Emée du Plessis (deux lieux-dits le Plessis repérables sur l'axe Neuvy-Bourges), duel à l'âge de 70 ans, ordonné par le conseil du roi le 1er octobre 1537 et, après la victoire contre toute attente sur le sire ennemi, trépas sept années plus tard (Château de Sarzay, T. Massereau, opuscule).
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« Le coeur croisé, ailé, dont, selon la table d'Emeraude, le soleil est le père et la lune la mère, est exactement équivalent au coeur de l'argentier, croisé lui aussi, et chargé d'une coquille. Il marque la conjonction des deux principes et par ses ailes, auxquelles celles de l'ange initiateur ajoutent un écho redondant, il attire l'attention sur la volatilité du Mercure qu'il convient avant tout de réduire ou de fixer. »
L'axe, on l'a déjà dit, passe à Saint-Août. Or le mois d'août est en grande partie sous le signe du Lion, dont la partie du corps correspondant dans la doctrine astrologique est le coeur (et notons que l'axe traverse également la forêt de Choeurs). On peut d'ailleurs se demander si cette rencontre réconciliatrice à Lys Saint-Georges entre Philippe Auguste et Richard Coeur de Lion, uniquement rapportée par une tradition orale, ne masque pas là encore la conjonction de deux principes antagonistes.
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« C'est à ce point que la petite fée de Bourges peut livrer quelque chose de son secret.Elle est en effet comparable, à plus d'un titre, au jeune éphèbe mercurien qui gouverne la deuxième clé de philosophie de Basile Valentin. Il est placé, comme le coeur croisé du pèlerin, entre le soleil et la lune. Ses épaules ne portent que de petites ailes courtes de poulet ; à ses pieds gisent de grandes ailes, emblèmes de cette volatilité que le combat du fixe, exprimé par un serpent, et du volatil, traduit par un aigle, lui ont fait perdre.(...) »
A Mers-sur-Indre, second jalon sur l'axe Neuvy-Bourges, confluent l'Indre et la Vauvre. Coïncidence hydrographique judicieusement exploitée pour exprimer la fusion, dans la Mer Philosophique (de la même manière que Mouhers, dans le retour sur Cluis), du principe humide (la Vauvre, rivière qui « serpente », autrement dit la Vouivre) et du principe igné (l'Indre qui vient de recevoir les eaux de l'Igneraie).
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« Il faut maintenant se mettre à ses pieds : l'entrelacement des osiers qui clôturent le jardin d'où naît cette aimable fiancée, évoque parfaitement les mailles et les macles que nous avons déjà rencontrés sur le chemin de saint Jacques. Ce réseau de croix, ce tissu de losanges est, on l'a dit, le signe matériel de la parfaite union du soufre et du mercure, le signe de l'étoile polaire sur laquelle l'artiste doit, dit-on, gouverner sa marche. »
La géographie sacrée est bien cette résille invisible qui quadrille les pays berrichon et marchois, le portulan occulte sur lequel se régle la marche des destins : la ligne Tranzault-Lys prend tout son sens en désignant Arthon, l'Ourse, la Polaire. Ainsi donc ce croisement de Tranzault réunit dans une même figure les deux hauts-lieux polaires depuis l'antiquité biturige, Arthon et Avaricum.
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08 février 2006
L'ange et le bourdon
"Ce fut bien pis lorsqu'on sortit des sables pour descendre dans les terres grasses et fortes de la Vallée-Noire. Aux lisières de ce plateau stérile, madame de Blanchemont avait admiré l'immense et admirable paysage qui se déroulait sous ses pieds pour se relever jusqu'aux cieux en plusieurs zones d'horizons boisés d'un violet pâle, coupé de bandes d'or par les rayons du couchant. Il n'est guère de plus beaux sites en France."
George Sand (Le Meunier d'Angibault)
Ph. Audoin : « On y voit un homme vêtu du traditionnel costume des Jacques, appuyé sur son bourdon et suivi d'un petit chien bondissant. Ce pèlerin ressemble à s'y méprendre au Mat du tarot que nous avons déjà mis en relation avec le Mercure, à ce détail près que son compagnon de route ne déchire pas ses braies. »
« Le « Bourdon », précise André Savoret, était un long et solide bâton dont le haut était taillé en forme de gourde. Le plus souvent, une vraie gourde, compagne obligée de l’errant, y était fixée. Dans l’ordre spirituel, la « gourde » était analogue à la « dive bouteille » et au « chaudron » contenant l’élixir d’immortalité dont parlent les anciens bardes gallois. »
Le hameau de Gourdon, sur une hauteur dominant les deux ruisseaux du Gourdon et de l'Aubord et l'ancien passage à gué nommé Guéchaussiot, hameau balisant donc l'axe Sarzay - Neuvy, apparaît comme le mot-valise idéal rassemblant gourde et bourdon. Son étymologie est par ailleurs incertaine : Stéphane Gendron écrit juste « qu'on peut risquer un rapprochement avec l'ancien nom de Sancerre, Gortona au 1er s. av. JC. » (Les Noms de Lieux de l'Indre, p.9), nom qui semble exprimer une notion de hauteur. Il admet comme possible l'existence d'un ancien oppidum.
Ph. Audoin : « A droite du pèlerin se tient, sur un escarpement, un château auquel nul chemin visible ne conduit. C'est à l'évidence, le château du Graal, ou le Palais fermé du Roi dont Philalèthe se flatte d'ouvrir la porte au disciple. C'est dans ce château que le pèlerin mercuriel doit pénétrer pour en rajeunir le roi. Un ange aux ailes éployées surgit de la broussaille et semble, d'une main l'accueillir, de l'autre lui désigner le haut lieu. »
Stéphane Gendron a beau affirmer que « l'assertion, rapportée par Gillian Tindall, selon laquelle la commune de Sarzay serait un écho lointain de la présence des Sarrasins est sans fondement. », je ne puis m'empêcher de rapprocher ce nom de la ville de Sarraz, mentionnée dans La Quête du Graal de Robert de Boron : « Quarante-deux ans après la passion de Jésus-Christ, il advint que Joseph d'Arimathie, le gentil seigneur qui détacha Notre Seigneur de la Sainte Croix, quitta Jérusalem avec nombre de ses parents. Ils marchèrent, jusqu'au moment où Notre Seigneur leur commanda d'aller en la cité de Sarraz, que tenait Ewalach, un Sarrazin. »
L'ange, alors, se tiendrait à Angibault – lieu-dit et moulin, théâtre de l'un des plus célèbres romans de George Sand, Le Meunier d'Angibault - situé en aval de Sarzay sur la Vauvre, qui plus est sur son méridien. Sur le roman, il y aurait beaucoup à dire : notons seulement pour l'instant que la romancière y rebaptisa Sarzay en Blanchemont, ce qui introduit un chiasme suggestif avec la Vallée Noire, désignation proprement sandienne de cette partie du pays berrichon qu'elle prit pour cadre de ses romans dits champêtres, et dont elle fait dans ce roman même la description célèbre qui ouvre cette note.
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06 février 2006
La Dame et le Pélerin
Cette figure féminine du palais de Jacques Coeur serait, selon Philippe Audoin, une allégorie alchimique. Ecoutons sa description remarquablement précise : « Les ailes, dont le plumage est ciselé avec une extrême finesse, s'étalent de part et d'autre des épaules sur lesquelles se dresse, entre l'attache de l'aile et la naissance du cou, une plume isolée, un rémige parfaitement droit et complaisamment détaillé.
On ne voit pas les pieds de la dame : elle est issante d'un petit jardin, clos d'une palissade de vannerie que surmontent diverses fleurs parmi lesquelles on peut reconnaître des églantines et des pâquerettes à demi closes.
De chaque côté de cette figure centrale, on distingue les « fantômes » de motifs qui ont été systématiquement martelés, on ne sait quand ni pourquoi, mais dont la silhouette rugueuse est encore très lisible. Il s'agit de rameaux fleuris, analogues à ceux qui garnissent le jardinet, et de deux coeurs sommés d'une croix pattée, très semblables à celui qui, à la porte d'accès de la chapelle, paraît dans l'oeuf philosophique. On ne saurait évidemment affirmer que ceux de notre cheminée étaient, eux aussi, chargés d'une coquille, mais il y a tout lieu de le penser. » (op. cit. pp. 146-147)
L'auteur a ensuite l'idée lumineuse de rapprocher ce bas-relief d'une gravure du XVIème siècle, « qui passe quelquefois pour représenter le théologien Gerson, mais qu'ailleurs on désigne simplement par Le Pèlerin(...) ». Arrivés à ce point, il nous faudra accompagner pas à pas son commentaire, en le faisant suivre du nôtre.
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02 février 2006
A vaillans cuers riens impossible
"Bourges, vieille cité berrichonne, silencieuse, recueillie, calme et grise comme un cloître monastique, déjà fière à juste titre d'une admirable cathédrale, offre encore aux amateurs du passé d'autres édifices également remarquables. Parmi ceux-ci, le palais Jacques Cœur et l'Hôtel Lallemant sont les plus purs joyaux de sa merveilleuse couronne. "
Fulcanelli, (Le mystère des Cathédrales, Pauvert, 1964, p.175 )
Véritable transversale du pays berrichon, l'axe Cluis-Neuvy-Bourges est tout d'abord jalonné par le petit bourg de Tranzault que j'ai déjà évoqué pour ses fontaines. Paroisse sous patronage royal, ai-je signalé aussi, ce qui n'est pas anodin, d'autant plus qu'à trois kilomètres de là seulement s'élève le puissant château de Lys Saint-Georges qui, selon la tradition, devrait son nom à une rencontre entre Philippe Auguste et Richard Coeur de Lion. Il aurait de plus appartenu à l'illustre Argentier berruyer, Jacques Coeur. Figure quasi mythique de la fin du Moyen Age, on l'a soupçonné de tout temps d'avoir possédé le secret de la Pierre Philosophale. A tout le moins, il était familier de la symbolique hermétique comme en témoigne à l'envi l'ornementation de ses demeures dont, en tout premier lieu, celle de l'Hôtel qu'il fit construire à Bourges. En ce qui nous concerne, nous retrouvons sa marque à Lys Saint-Georges en l'aspect d'un blason portant la coquille Saint-Jacques. Mais que dire du nom même du castel (que j'ai déjà approché symboliquement ici) sinon qu'il exprime des notions essentielles de la gnose alchimique : « En alchimie opérative, explique Serge Hutin, la fleur de lys symbolise l'eau, le mercure philosophal. Plus généralement, elle s'appliquera à la Féminité divine. La fleur de lys joue un rôle central dans les mystères hermétiques : on la représente d'ordinaire portée par un personnage féminin. » (in. Histoire et Guide de la France Secrète, Planète, 1968, p. 250). Quant à saint Georges, le chevalier vainqueur du dragon, il figure le combat du soufre et du mercure.
Il se trouve maintenant que l'alignement Lys – Tranzault est pratiquement perpendiculaire à notre axe primordial, et si nous le poursuivons vers le sud-est nous aboutissons à Sarzay, un impressionnant château féodal absent jusqu'ici de l'exploration zodiacale. La ligne le reliant à Neuvy passe par le hameau de Gourdon et désigne Montgivray, anciennement Maugivray, autrement dit la mauvaise guivre, la vipère maudite. Et c'est sur une éminence dominant la vallée du Gourdon que se place Lys Saint-Georges.
De ce réseau de lignes entrecroisées, on peut éclairer la signification en se référant directement à une sculpture en bas-relief du palais de Jacques Coeur qui ornait le manteau de cheminée d'une salle située au rez-de-chaussée du donjon. Elle représente une femme ailée déployant un phylactère plus qu'à demi brisé portant la devise de l'Argentier : A vaillans (ici un coeur) riens impossible. »
(A suivre)
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18 janvier 2006
Sous le signe d'Héphaïstos
La position de la ville de Bourges dans le signe du Scorpion n'est pas dénuée de réminiscences antiques : déjà, dans la géographie sacrée égéenne, ce signe se place sous les auspices de la magie et du sacrifice. Jean Richer a pu montrer que le gardien en était cet énigmatique Héphaïstos, que les autres dieux tournaient en dérision. Il « porte un pilos de forme phallique et a les pieds tordus du sorcier. Il représente l'acquisition des pouvoirs magiques par le sacrifice de la sexualité, par la transformation de l'énergie sexuelle. » (Géographie Sacrée du Monde Grec, p. 96). Ce qui ne l'empêchait pas de convoiter les belles déesses, ainsi c'est en tentant de violer Athéna qu' un peu de sa semence tombe en terre, la féconde et provoque la naissance d' Erichthonios, mi-homme, mi-serpent, car selon Richer, Héphaïstos a succédé à un ancien dieu-serpent nommé Ophion.
Or, sur le mur extérieur de la rotonde de Neuvy, dans la direction même de ce secteur Scorpion, on peut observer une sorte de monstre ailé doté d'une longue queue serpentine (ce bas-relief n'est autre que l'emblème même de ce site, sur la page d'accueil). A noter encore que cette sculpture, que les notices sur le monument ignorent curieusement, se situe à proximité de l'un de ses axes de symétrie (axe 6-2 sur le plan). Axe dont j'ai déjà signalé qu'il était le seul à ordonner les onze colonnes selon une symétrie axiale : cinq colonnes faisant ainsi face à cinq autres, la onzième étant traversée par l'axe. Autre singularité : cette colonne porte le seul chapiteau garni en totalité d'un décor végétal, tous les autres représentant des monstres, des animaux ou des personnages.
Tout se passe donc comme si une orientation secrète avait été donnée à l'édifice, qui désignerait Bourges et le Scorpion, signe « infernal » dont il n'était bien sûr pas question de faire une visée explicite. Peut-être est-ce là le début d'une explication du choix de ce nombre onze, dont Doumayrou rappelait (G.S, p.275-276) qu'il était « à peu près unanimement considéré comme néfaste dans la tradition occidentale. C'est le nombre des apôtres après la trahison de Judas, le retour d'une singularité venant détruire la perfection du dénaire, bref le désordre. »
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16 janvier 2006
Monstrant regibus astra viam
Une autre preuve du grand intérêt porté par ces nobles au système stellaire se trouve dans la miniature qui ouvre le calendrier des Très Riches Heures, et qui représente le Duc à table, entouré d'une foule de courtisans. « Cette miniature, rapporte Philippe Audoin, a été étudiée par Gérard de Sède en annexe à son ouvrage, Le Trésor cathare1. Il observe que le personnage -sorte de sénéchal- qui se tient debout derrière le Duc, tient sur son épaule une baguette analogue au lituus augural. Celle-ci, pour peu qu'on la prolonge, désigne exactement la tête d'un des cygnes qui décorent, en alternance avec des ours (et selon la devise de Jean : Oursine -ours-cigne – le temps vendra ) la tapisserie qui drape le manteau de la cheminée. Ceci fait énigme. Pour de Sède, la solution est hermétique et astronomique : l'étoile Polaire est actuellement Delta de la Grande Ourse « en 3400, ce sera Gamma de Céphée ; entre 10900 et 13600, la polaire sera l'étoile double Albireo, la Tête du Cygne ; pendant cette période viendra le moment où l'axe terrestre aura effectué la moitié de la rotation qui doit le ramener à Alpha du Dragon ; ainsi c'est la Tête de Cygne qui marque la séparation entre ce que les Pythagoriciens appelaient la Grande Nuit et le Grand Jour qui durent chacun 12950 ans. » La devise du duc et ses deux animaux emblématiques, attesteraient donc la connaissance des cycles, la maîtrise du temps - et de la Polaire. » ( Bourges, cité première, pp. 98-99, Julliard, 1972).
Ceci ne saurait surprendre à une époque où fleurissaient les sciences dites occultes et, en particulier, l'Alchimie. Bourges, à cet égard, apparaît, selon Philippe Audoin, à la fin du Moyen Age et durant la Renaissance, comme l'une des capitales de l'Art d'Hermès. Il y existe encore - comme à Prague, dans le quartier du Hradschin – une rue de l'Alchimie.
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1G. de Sède. Le Trésor cathare. Julliard, 1966.
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02 janvier 2006
Le prince de Saint-Chartier
Au fil de notre périple zodiacal, il est apparu de plus en plus clairement que l'édification de la géographie sacrée se confondait avec l'histoire de la sainteté chrétienne. Le IVème siècle de notre ère me semble constituer le point de départ de cette entreprise spirituelle. A cette époque, les évêques de Bourges sont déjà à la tête d'une immense province ecclésiastique qui incluait les évêchés de Clermont, Rodez, Albi, Cahors, Limoges, Javols (Mende), Le Puy et Toulouse. La cité elle-même était quatre fois plus vaste que Paris et le commerce y était florissant : marchands grecs, syriens et juifs y exercaient leur négoce. Il importe donc maintenant de se pencher plus avant sur les énigmes que Bourges nous présente et, en premier lieu, de revenir sur cet axe véritablement fondateur Cluis-Neuvy-Bourges, qui est apparu au terme de l'examen de la géographie sacrée biturige.
Partons de Cluis, dont la direction solsticiale d'été au soleil levant n'est pas indifférente. Elle vise Saint-Chartier, au nord de La Châtre, village qui doit son nom au prêtre Chartier qui servait cette paroisse sous l'épiscopat de Sulpice Sévère, à la fin du VIème siècle. Avant de prendre le nom du saint, le village se nommait Lucaniacus, qui fait directement référence à la lumière (grec, leukos), qui atteint au solstice son apogée. « La naissance de ce nouveau jour, explique G.R. Doumayrou, est traduite seon la tradition par l'apparition d'un nouveau roi, jeune roi ou Dauphin. » (G.S. p. 72). Or les historiens avouent ne pas savoir pour quelle raison les seigneurs de Gargilesse se dessaisissent au Xème siècle du château de Cluis-Dessous (au pied duquel passe la ligne solsticiale), au profit d'Alard Guillebaud, seigneur de Châteaumeillant appelé aussi, mais nous comprenons ici pourquoi, le prince de Saint-Chartier (princeps castelli Sancti Karterii).
Châteaumeillant lui-même vaut qu'on s'y arrête : on sait qu'il s'agit là du Mediolanum de la Table de Peutinger . Son église Saint-Genès est reconnue, à l'instar de la collégiale de Neuvy, comme un des plus remarquables sanctuaires romans du Berry. Or, il est possible de déceler des rapports précis entre les deux édifices ainsi qu'avec l'église Saint-Paxent de Cluis.
Il faut tout d'abord relever une identité de dédicaces : Cluis est sous le haut patronage de saint Paxent (martyr parisien du premier siècle), mais aussi de saint Etienne, premier martyr, comme la collégiale de Neuvy et la cathédrale de Bourges. Et Saint-Genès de Châteaumeillant fut dédiée elle aussi, primitivement, à saint Etienne, le vocable actuel ne datant que du XVIIème siècle.
Ensuite, il se trouve que les dimensions des trois édifices en question se recoupent bien souvent. Jugez-en : la largeur moyenne dans oeuvre de la nef de Saint-Genès est de 5 m 50, ainsi que la largeur moyenne du carré du transept ; à Neuvy, la hauteur à la clef des arcades du rond-point est aussi de 5 m 50, mesure qui est, à Cluis, la largeur du transept. La hauteur à la clef des grandes arcades de Saint-Genès est de 8 m 20, tandis que le diamètre du rond-point de Neuvy est de 8 m 30. La longueur du transept de Cluis est de 18 m, qui est exactement la mesure du diamètre de la rotonde.
On objectera à juste titre qu'il est toujours possible, avec un peu d'obstination, d'isoler des mensurations semblables entre deux monuments par ailleurs sans rapport. Cependant, dans le cas qui nous occupe, il peut être prouvé une conception unitaire, c'est-à-dire non plus seulement quelques analogies numériques mais une véritable relation d'homologie. Il suffit pour cela d'appliquer la méthode adoptée par un certain Léon Sprink dans son étude sur l'Art Sacré en Occident et en Orient.1
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1Léon Sprink, L'Art Sacré en Occident et en Orient, essai d'une synthèse, Ed. Xavier Mappus, Lyon, 1962. Mais j'ai recueilli ma documentation dans le tome 3 de L'émergence de l'Enel ou l'Immergence des Repères, de Vladimir Rosgnilk (Ark'All, 1988).
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