30 décembre 2005
Pharaoh Hound again
(Marc Lebeau m'a fait parvenir le texte suivant, en guise de complément à l'article récent sur le chien de Crémieu. Je suis heureux de lui laisser ici la parole.)
"A propos du Chien ou Lévrier des Pharaons (Pharaoh Hound en anglais)
Avec la publication de Robin sur le Chien de Crémieu j’ai effectué une recherche rapide sur internet à propos de l’analogie du « géoglyphe » de Crémieu avec la race de chien dite lévrier des pharaons.
De fait, il existe au moins 5 « races » de chiens aux caractéristiques voisines et pour 4 d’entre elles, d’origine méditéranéenne :
- le lévrier maltais ou Kelb-tal-Fenek, le Pharaoh Hound proprement dit, a priori le plus ancien de la liste ;
- le Cirneco dell Etna, chien sicilien ;
- le Podenco d’Ibiza, des Canaries, d’Andalousie, de Galice ou du Portugal ;
- le chien de Crête (Kritikos lagonikos) ;
- et le Basenij, originaire du Soudan, plus petit que les autres.
Tous ces chiens, issus de races très anciennes, les Spitz (ne me demandez pas ce que c’est !), se ressemblent au niveau de la morphologie, de l’allure générale et des caractéristiques de la tête.
En particulier, ils présentent tous ou presque (chien crétois plutôt bigarré) une couleur fauve ou rousse comme le chien roux de Saint Christophe et de Saint Roch, voire, pour certains, de Saint Bernard ! Sur un site (http://www.dogstory.net/Chien%20des%20Pharaons.htm), il est même précisé :
« Imaginez-vous un chien rougir ? La truffe et les oreilles du Chien des Pharaons rougissent quand il est agité. Les traits du visage du chien se mêlent au pelage rougeâtre et les yeux rougeoient. Certaines personnes disent que ces chiens ont l'air de "sourire". » !
D’après les puristes, et d’après ce que j’ai pu retenir des différents sites visités, les chiens égyptiens seraient encore une race à part et le chien maltais ne viendrait pas d’Egypte. Ceci dit, les représentations égyptiennes antiques montrent bien toutes les caractéristiques de ces différentes races de chiens dit des pharaons (appellation anglo-saxonne « moderne » - vers 1960 – pour des raisons commerciales) et, par ailleurs, comment expliquer la forte analogie entre la race soudanaise et les races méditerranéennes, dont on dit qu’elles seraient originaires de Malte et exportées dans l’ensemble méditerranéen par les phéniciens ?
avtor neznan)
A priori toujours, je ne suis absolument pas un spécialiste des chiens !, c’est les seules « races » de chiens qui possèdent des caractéristiques proches du Chien de Crémieu :
- profil « grec » avec une cassure au niveau des yeux peu marquée ;
- museau fin et allongé ;
- grandes oreilles bien lobées ;
- proportions entre le museau, le front et les oreilles relativement similaires ;
- « encolure » forte et puissante.
La seule caractéristique que je ne retrouve pas, ce sont les oreilles dans le prolongement du front : les espèces « vraies » ont plutôt les oreilles presque à la perpendiculaire du front, caractéristique que l’on retrouve bien sur les représentations d’Anubis.
Pour finir sur ce sujet, j’envoie à Robin quelques photos prises sur le net*.
Marc Lebeau"
L'oeil du lévrier
(Je ne pensais pas finir l'année avec le chien, mais au fond tout ceci est cohérent, le chien n'est-il pas le gardien des passages ? R.P.)
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*(Cliquez sur les liens pour voir celles-ci).
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29 décembre 2005
Sta cerva
La société druidique était fondée sur la primauté du spirituel sur le temporel. Les rois, choisis par les druides parmi la classe guerrière, avaient double fonction sacerdotale et guerrière. Leur pouvoir était fragile, soumis au contrôle permanent des druides. La conquête romaine a bousculé ce schéma déjà en décadence, il est vrai, à cette époque : des oligarchies de nobles gaulois ayant remplacé les rois un peu partout. La société romaine voit a contrario le temporel dominer le spirituel, les flamines n'ayant aucun pouvoir politique réel. L'introduction de cette structure ne pouvait que contribuer à défaire l'emprise des druides sur la société gauloise en les privant de leurs plus hautes fonctions : religion, guerre, justice. Ne restaient guère que la poésie, la magie, la divination et l'enseignement.
Pomponius Mela nous apprend, par exemple, que les druides, vers la fin du premier siècle de notre ère, retirés dans les forêts, instruisaient en cachette les enfants des nobles. Les édits de Claude et de Tibère assimilant les druides aux mathematici orientaux, sages, magiciens, tenants de sectes orientales ou secrètes qui pullulaient à Rome, ont certainement accéléré leur disparition, bien que nous ne sachions pas s'il y eut une répression violente du druidisme en Gaule.
Disparition qui ne fut peut-être qu' apparente... Comment concevoir que ces « très savants » (c'est là l'étymologie de « druides ») n'aient pas réfléchi en profondeur sur leur situation et l'avenir de la tradition qu'ils représentaient ? Comment croire que des gens développant une vision cyclique du temps basée sur l'observation du ciel et des astres n'aient pas senti que l'âge sacerdotal était révolu et qu'un nouveau rôle, plus effacé mais non moins primordial, leur était dévolu ? Leur devoir, leur mission, leur but unique en cet âge sombre n'étaient-ils pas de préserver la tradition (du latin tradere, transmettre) et assurer la pérennité du mythe ? Si la disparition des druides n'a pas laissé de traces historiques, ce n'est pas sans doute pas à cause d'une déliquescence de la caste, c'est peut-être bien plutôt la résultante d'un repli volontaire, d'une retraite consciemment choisie.
Le druidisme possédait son réseau de centres sacrés dépassant les partitions territoriales, les frontières entre civitas. César lui-même rapporte que les druides se rendaient en Bretagne (l'actuelle Grande-Bretagne) pour compléter leur initiation. L'héritage celtique a dû trouver dans l'insularité un abri relativement sûr, une base solide en attente de jours meilleurs et d'une époque plus favorable.
La survenue du christianisme en pays gaulois ne doit pas être considérée comme le coup ultime porté au druidisme, consacrant sa mort définitive. Sous bien des aspects la nouvelle religion était plus proche de la doctrine des druides que du polythéisme romain :
Françoise Le Roux et Ch. J. Guyonvarc'h :
« [...] sur deux points importants au moins, il n'existait pas d'antagonisme :
-
la tendance de la religion celtique au monothéisme
-
la réhabilitation par le christianisme du travail manuel n'était pas nécessaire dans un pays où les artisans (aes dâna, « gens d'art ») étaient déjà estimés et honorés. » (La Civilisation Celtique, Ogam-Celticum, 1986, p. 140.)
Ne peut-on maintenant concevoir qu'à l'instar de ce qui se passa en Irlande, une conversion faite par le haut ne se produisit en Gaule ? Les dépositaires de la tradition druidique n'auraient-ils pas profité de la formidable embellie chrétienne pour reconquérir une partie de leur influence politique à travers des formes nouvelles mais non radicalement différentes ? L'occasion n'était-elle pas belle de restaurer avec le dogme évangélique la primauté du spirituel sur le temporel ? Le vrai conflit ne se pose-t-il pas en ces termes, plutôt qu'entre le paganisme et le christianisme ?
Ce ne sont là que des hypothèses dont le bien ou le mal-fondé ne sera sans doute jamais formellement établi. Qu'il me soit tout de même permis de présenter au moins un indice allant, me semble-t-il, dans le sens des propositions avancées, sous l'espèce d'une courte histoire qui prend pleinement sens à la lueur de la géographie sacrée biturige dévoilée ici :
C'est l'histoire de saint Août, évêque de Bourges au IXème siècle. Le Patriarchium Bituricense (B.N., 66) rapporte à son sujet une « curieuse et gracieuse légende », dixit Mgr Jean Villepelet, relative à sa jeunesse et à sa vocation : « Après avoir entendu la lecture de l'Evangile : « Si quelqu'un veut tenir après moi, qu'il se renonce et qu'il me suive », Août se retira dans une solitude profonde. Un messager, chargé de lui annoncer son élection au siège de Bourges, le chercha longtemps dans la forêt, et arriva près de lui exténué. Août qui n'avait rien pour le réconforter, ordonna à une biche de s'arrêter « Sta cerva ! » et d'allaiter le voyageur. Telle serait l'origine de Sacierge (Sagergia) ou Sassierges-Saint-Germain, c. d'Ardentes, arr. de Châteauroux (Indre) » (Les Saints Berrichons, Tardy, p. 82.)
Eglise de Sassierges Saint-Germain (12/13ème)
Saint Août fut inhumé, pense-t-on, dans l'église paroissiale qui porte aujourd'hui son nom. Le village, comme celui de Sassierges, se situe en lisière de la grande forêt de Bommiers qu'il faut traverser pour se rendre précisément à Bourges (le cours de l'Arnon marque par ailleurs sa limite septentrionale). La forêt, sanctuaire druidique bien sûr, mais le plus remarquable est que, dans le prolongement très exact de l'axe Saint-Août – cathédrale de Bourges, on retrouve Cluis et Neuvy Saint-Sépulchre.
C'est cet axe véritablement fondateur, axe Cluis-Neuvy-Bourges, que nous allons maintenant examiner en détail.
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27 décembre 2005
Le chien de Crémieu
Je voudrais finir l'examen du thème du chien avec une curiosité relevée il y a plus de vingt ans par Marc Lebeau, fidèle lecteur du site et commentateur régulier (j'avais offert à Marc de relater lui-même sa découverte, mais il a décliné la proposition, s'en remettant à votre serviteur, à ses risques et périls... ceci dit, il pourra toujours apporter en commentaires les précisions qu'il jugera utiles...). Je dois avouer que je n'ai pas tout de suite été convaincu par ce qu'il avançait, et même encore aujourd'hui, il me reste des doutes. Cependant, il me semble intéressant de passer outre et de présenter à un plus large public ce que Marc appelle le géoglyphe du chien de Crémieu, en l'occurence une vaste figure de chien émergeant des lignes du relief de cette région proche de Lyon.
Sur une carte IGN au 1/100000ème, le chien apparaît avec plus de netteté que sur la carte routière où son tracé est souligné. Les parties les plus marquées sont la partie Est, qui suit la vallée du Rhône, et la partie Nord-Ouest, constituée des falaises du secteur de Larina (elles surplombent la plaine et la centrale nucléaire du Bugey). La partie Sud-Ouest est, elle, formée de reliefs plus adoucis, séparés de la plaine environnante par une zone d'anciens marécages drainés (ces marécages apparaisssent avec clarté sur la carte de Cassini de cette région). Ensuite, la partie Sud, la moins prégnante, est cependant indiquée par une vallée peu profonde mais bien réelle, celle de la Bourbre, qui « sépare assez nettement, je le cite (courriel personnel), ce qui appartient plutôt à l'ensemble de l'Ile Crémieu, de ce qui appartient à l'Isère proprement dite (on change de »pays »). Cet axe ancien de circulation et de développement se lit également par les divers réseaux, routes et train, sans compter les villes, bourgs et bourgades. » Enfin, « l'oeil » du chien « est très nettement marqué par un ensemble de petites reculées proches de Crémieu. »
Cette tête de chien est en elle-même identifiable. Selon Marc, la seule race qui corresponde à cette silhouette est le chien dit « Lévrier des Pharaons », chien maltais, des plus anciens, qui doit son nom à sa ressemblance avec Anubis, le Dieu des Morts égyptien. Et il importe de préciser qu'il ne connaissait pas du tout cette race de chiens avant de découvrir le géoglyphe.
Anubis
Autre détail significatif : trois chapelles dédiées à Saint-Roch, saint que l'on représente généralement accompagné
d'un chien, sont très exactement alignées dans le cadre donné par le géoglyphe. Il s'agit des chapelles de La Balme, de Courtenay et de La Tour du Pin. Selon Marc, elles représentent l'alignement des étoiles Muliphen, Sirius et Mizar de la constellation du Grand Chien (Canis Major). Les proportions des distances entre les différentes chapelles correspondraient exactement aux proportions entre les étoiles correspondantes.
Une chapelle dédiée à Saint-Canis1 se trouve même au-dessus du hameau de Rix, riverain du Rhône, sur la commune de Lhuis !
Enfin, signalons à l'extrémité septentrionale de la tête, à Saint-Sorlin en Bugey, l'existence d'une fresque de Saint-Christophe, datée du début du XVIème siècle.
Selon Marc, tout zodiaque géographique a son chien, autrement dit son gardien du seuil. « Situé en dehors des constellations zodiacales, à côté d'Orion, le chasseur céleste, la constellation du Grand Chien (Canis Major) se situe entre les signes des Gémeaux et du Cancer. » Ayant repris depuis plusieurs années l'hypothèse d'un certain Pierre Plantard sur un autre zodiaque2 centré sur Bourges, (en en modifiant sensiblement l'ordonnancement), le géoglyphe du chien se trouverait justement placé entre Gémeaux et Cancer.
Tout ceci est bien sûr à discuter. Le chien n'est pas le seul gardien possible : Jean Richer indique, par exemple, dans Iconologie et Tradition, le sphinx comme gardien de l'occident et le griffon comme gardien du nord. Il reste que cette figure émergée des cartes est assez stupéfiante pour nous interroger. La géologie se plierait-elle au désir secret des hommes ? La nature a-t-elle sciemment oeuvré pour dessiner cette forme ? J'inclinerais plutôt à reprendre ce qu'écrivait Guy-René Doumayrou sur la partition astrologique du pays toulousain, à savoir qu'elle « a dû se faire au prix d'observations séculaires, intégrant peu à peu les coïncidences orographiques et tirant même profit des accidents de l'histoire, réduite de la sorte au rôle d'ornement. » (Géographie Sidérale, op. cit. pp. 49-50.)
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1S'agit-il du saint irlandais du VIème siècle, Canice, Kenneth, Cainnic (les graphies sont diverses), qui donne son nom à la ville de Kilkenny ainsi qu'à sa cathédrale du XIIIème siècle ?
2Ce zodiaque est de nature très différente de celui de Neuvy dont je m'occupe : c'est un zodiaque sidéral, avec treize secteurs de tailles différentes, parfois même se chevauchant, épousant le dessin des constellations. Il s'étendrait sur tout le territoire de la France.
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