Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

31 juillet 2005

Le cheval Mallet

La première fois que je traçai le méridien de Toulx joignant Primelles (dont le nom marque bien l'aspect primordial), je fus aussitôt surpris par la présence, sur ou à proximité de l'axe, de lieux dits Mallet, Malleray, Petit Malleray, Grand Malleray. Quel sens fallait-il donner à cette concentration ?

Henri Dontenville, dans son précieux livre La France Mythologique (Henri Veyrier, 1966), m'apportait une possible réponse à travers la figure du cheval Mallet de Vendée : « C'était, écrit-il, évidemment une bête diabolique, toute blanche, qui ne se montrait qu'après le coucher du soleil. Elle s'offrait d'elle-même aux voyageurs surpris par la nuit. A peine était-elle enfourchée qu'elle s'élançait, traversait buissons, champs d'épines, fondrières, et ne s'arrêtait qu'au lever du jour, laissant son cavalier plus mort que vif, un membre cassé ou une « échauffure » mal placée, causant une « mauvaise maladie ». Alors bien sûr, on s'interroge sur cette valeur négative attachée à notre méridien : serait-il donc un « axe du Mal » ? Ce n'est évidemment pas si simpliste. Notons déjà que le cheval, qu'on peut considérer comme un des archétypes fondamentaux de l'humanité, ne s'écarte pas du symbolisme polaire. Le Dictionnaire des Symboles est là-dessus formel : « Son symbolisme s'étend aux deux pôles -haut et bas- du Cosmos, et, par-là, est réellement universel. (p.231) ». Observons aussi que l'alignement Toulx-Neuvy est également jalonné par le village de Malleret-Boussac, et enfin qu'André Guy mentionne l'existence au début du XVème siècle d'un certain Jehan de Maleret, seigneur des « Maisons-sous-Toulx ».


Ce cheval Mallet n'est pas sans parenté avec le plus célèbre des chevaux magiques du bestiaire médiéval, à savoir le cheval Bayart, qu'une chanson de geste a associé pour toujours à la légende des quatre fils Aymon. Dontenville cite son confrère J. Cartraud rapportant à Lamotte-Beuvron, dans la proche Sologne (traversée par ailleurs par le méridien de Toulx), la hantise d'un cheval Bayart, « fantôme lumineux, dont les bonds dans l'espace sont provoqués par les balancements d'une lanterne au bout d'une longue perche. (p.102) ». Or, au sud-est de Toulx, la région d'Evaux-les-Bains, toujours en Creuse, résonne encore, pour les ouïes fines, des bonds fantastiques du cheval-fée. Les seigneurs de la Roche-Aymon, qui se disaient descendre des quatre fils, y sont connus depuis le Xème siècle. On retrouve leurs traces d'une part au sud d'Evaux, où leur château primitif surplombant le ravin du Char-Cros est aujourd'hui très ruiné, et d'autre part à Mainsat où ils s'établirent par la suite. C'est d'ailleurs un membre de cette famille né à Mainsat en 1696, Charles-Antoine de la Roche-Aymon, évêque de Tarbes puis de Toulouse, archevêque de Reims en 1762, qui, en tant que grand aumônier du royaume, sacra le roi Louis XVI le 11 juin 1775.

Dontenville prend ses sources dans un article d'Octave Cléret, paru en 1962 dans les Mémoires de la Société savante de la Creuse : « On avait déjà, un peu au nord d'Evaux, l'attention attirée par un hameau « Bailler ». On en apprend aujourd'hui beaucoup plus : à Reterre, entre la Roche-Aymon et Mainsat, se dresse sur un point culminant la « crou do pas de chaveau »; dans le socle en granit de la croix est imprimé le « pas du cheval Bayart en grandeur naturelle ». Un bond du cheval magique, parti de Mainsat (de la hauteur Notre-Dame sans doute) a abouti là, à dix kilomètres de distance. Un second bond a mené le Bayart au ravin du Char-Cros, au bas du château et l'empreinte se voit. La carte montre, en outre, la route de Mainsat vers Bellegarde-en-Marche et Aubusson passant au pied du puy de Mergue, déjà évoqué à propos de Diane et Morgane. A l' « étable » vue par Malherbe à Château-Regnault, correspondait une « écurie du cheval Bayart » à La Roche-Aymon. La famille cependant n'a rien qui le rappelle dans ses armes. (p. 115)»

medium_la_roche_aymon.gif

Certes, mais l'examen du blason de celui qui fut l'avant-dernier aumônier royal, ce Charles-Antoine de La Roche-Aymon, est pour nous on ne peut plus éloquent : De sable, au lion d’or, semé d’étoiles du même. D'un seul élan, il signe l'appartenance au secteur zodiacal du Lion neuvicien et la vocation célestielle du signe figurée par le méridien de Toulx, dont il n'est pas anodin qu'il exalte aussi sur son passage la cité de Mehun-sur-Yèvre, l'antique Magdunum, où Charles VII fut proclamé roi dans la chapelle du château le 30 octobre 1422.

01:10 Publié dans Lion | Lien permanent | Commentaires (0)

28 juillet 2005

Les lions de pierre

Curieux monument que l'église de Toulx Sainte-Croix : trois travées de la nef se sont effondrées et le clocher-porche est maintenant séparé du choeur. On a peine à croire d'ailleurs à une telle destruction, tant on est impressionné par les contreforts massifs qui cernent l'édifice. André Guy écrit que « l 'écroulement paraît remonter au 15e ou 16e siècle, à en juger par la forme de la porte donnant accès à l'église, et d'autre part à une inscription déjà relevée par Barailon sur une grosse poutre du beffroi où l'on peut lire 1507. » Plutôt que de rebâtir à l'identique, on se sera donc accommodé de la catastrophe. Une route passe entre les deux parties du monument, dont les portes se font face.

Ce qui reste de la nef centrale, ainsi que les deux nefs latérales, est voûtée en berceau, ce qui indiquerait, toujours selon André Guy, une influence de l'école romane poitevine, qui se manifesterait de façon encore plus nette dans le déambulatoire et le choeur formant la partie la plus ancienne de l 'église (fin XIème siècle) :
« Parmi les six colonnes qui séparent le choeur du déambulatoire, quatre sont cylindriques et deux de plan tréflé (exemple unique dans la région d'un pilier roman-poitevin. » Cette singularité s'éclaire si l'on admet que Toulx s'est inscrit dans un système de correspondances symboliques mis en place par des seigneurs poitevins et berrichons. L'importance de ce haut-lieu, je veux en voir un autre indice dans l'histoire de saint Martial : ce fut, si l'on en croit la Vie du saint, la première cité des Lémovices qu'il aurait évangélisée (une fresque du Palais des Papes, à Avignon, représente cet épisode).
Si l'on prend la peine de signaler un tel fait, c'est qu'il devait bien exister à cet endroit un culte païen assez important pour qu'il soit apparu nécessaire de le recouvrir avec un récit de conversion.

medium_lion2.jpg

Une autre particularité de l'église de Toulx est la présence de trois lions de granit aux entrées, deux devant l'église, un devant le clocher. George Sand les met en scène dans Jeanne, son premier roman champêtre, qui se déroule dans cette région de Boussac, en leur attribuant un rôle de symbole de l'occupation anglaise : « Renversés par des paysans au temps de la Pucelle ; mutilés, devenus informes... ils gisent le nez dans la fange. » André Guy fait justice de cette signification abandonnée depuis longtemps par les historiens. « Bien antérieurs à cette occupation », ils ne sont d'ailleurs pas uniques en leur genre : « ils sont semblables à ceux de Limoges (église Saint-Michel-des-Lions), ou encore à ceux si fréquents en Creuse de Peyrat-la-Nonière, Vallière, Lupersat, Jouillat, Saint-Georges-la-Pouge, Saint-Marc-à-Loubaud... sans compter ceux détruits au cours des siècles. » Osera-t-on alors, compte tenu de cette dissémination, leur donner une valence zodiacale (en précisant que leur nombre même indiquerait les trois décans du signe) ?
medium_lion3_.jpg


Ce qui est certain c'est que ces lions avaient assez de prestige pour apparaître dans les cartulaires comme lieux de justice. Les actes sont souvent conclus près des lions, ou entre les lions. En Suisse, jusqu'au XVème siècle, les lions des entrées étaient comme les assesseurs de la justice écclésiastique, le prieur venant siéger « inter leones » (Lexique des Symboles, Zodiaque).

13:15 Publié dans Lion | Lien permanent | Commentaires (0)

26 juillet 2005

Toulx Sainte-Croix

« De mon lit je n'apercevais que la veilleuse énorme de l'hôtel battant dans la rue comme un coeur ; sur l'une des artères était écrit le mot : central, sur une autre le mot : froid, froid de lion, froid de canard ou froid de bébé? Mais le camée Léon frappait de nouveau à ma porte. De son gilet aux vibrations déterminées jusqu’à la racine de ses moustaches le soleil achevait de décharger ses rondins.»
(André Breton, Poisson soluble)

Oublions les vents, les rivages, ces grands escogriffes de pins atlantiques, ce fou de Bassan emprisonné dans la ligne plombée d'un pêcheur du malheur, le sable et la traîtrise des baïnes, le sourire des enfants et la splendeur des nuages, et arpentons à nouveau nos terres intérieures sous l'égide d'un signe nouveau : Lion solaire et flamboyant dont l'étude du secteur zodiacal correspondant va se fonder essentiellement sur le village creusois de Toulx Sainte-Croix.


Du haut de ses 655 mètres, Toulx domine toutes les régions avoisinantes. Du sommet de la tour construite au siècle dernier par l'abbé Aguillaume, on contemplerait jusqu 'au Sancy et au Puy-de-Dôme. Je n'ai pas vérifié mais le panorama est vaste, pas étonnant si les Celtes en ont fait tôt un de leurs oppida. Le nom même viendrait du bas-latin tullum, lui-même emprunté au gaulois tullos, hauteur. Un dernier terme qui n'est pas sans évoquer la Thulé hyperboréenne,
la ville mythique où séjournèrent Apollon et Persée ; et nous pourrions mettre au compte de Toulx cette remarque de Guy-René Doumayrou sur la capitale occitane:

« Le nom, enfin, de Toulouse, qui n'a jamais changé, évoque de façon suggestive le grec thòlos, qui désignait, dans les temps primitifs, la touffe végétale coiffant et liant le sommet des huttes rondes en branchage. Par la suite, le sens s'en est étendu à la coupole hémisphérique en pierres sèches, et enfin, plus particulièrement, à la voûte des fours et étuves. De la coupole construite à la voûte céleste, l'analogie va de soi : centre et sommet, la ligature de la thòlos est bien le lien et le lieu privilégié, récepteur et répartiteur des influx cosmiques, le Trône du Jugement, l'étoile polaire gouvernante (en grec : thémis), de l'ourse (en grec : arctos) : ARTEMIS l'Immuable (du grec : artémès) :
La treizième revient... c'est encore la première ;
Et c'est toujours la seule, - ou c'est le seul moment...
(Nerval, les Chimères : Artémis). » (Géographie Sidérale, p.65)



Il se pourrait bien que Toulx ait été de bonne heure un sanctuaire important du peuple gaulois des Lémovices qui occupait approximativement le Limousin actuel. On a pu déjà noter que la plupart des sanctuaires celtiques sont situés soit au centre soit sur les limites de la civitas, or Toulx est situé sur la frontière avec les Bituriges. Ce n'est que vers l'an 1000 que le village basculera dans l'escarcelle des princes de Déols, et si ce pays limousin de Boussac est dès lors rattaché à la province du Berry, il dépendra toujours du diocèse de Limoges : « exemple caractéristique de l'enchevêtrement des divisions administratives de la France d'Ancien Régime », écrit André Guy, auteur d'un opuscule sur le village.

Que dire maintenant du qualificatif de Sainte-Croix ? Gilles Rossignol y voit une invitation à deux hypothèses : « (...)ou bien le plan primitif [de l'église] aura été inspiré de l'église du Saint-Sépulchre, à Jérusalem (comme à Neuvy Saint-Sépulchre dans l'Indre) ou bien on aura rapporté à Toulx une réplique du « vray boys », le bois de la Vraie Croix. » A vrai dire, aucune des deux propositions ne tient la route, d'une part parce que le vocable de Sainte-Croix n'a été ajouté que postérieurement à la fondation de l'église (dédiée en 1158 à Saint Martial, ce qui n'est pas anodin, nous y reviendrons); d'autre part parce que si relique de la vraie croix il y avait eu, il serait étonnant que la mémoire collective n'en ait pas gardé le souvenir d'une manière ou d'une autre. C'est d'ailleurs ce qui s'est passé pour Neuvy qui s'honore toujours de deux gouttes du sang du Christ (que l'on doit à l'obligeance du cardinal Eudes de Châteauroux, légat du pape à la VIIème croisade, qui les fit acheminer en 1257).

Faut-il absolument rechercher une cause matérielle, tangible à l'appellation Sainte-Croix ? Ne porterait-elle pas une symbolique lisible seulement dans le paysage et les relations du lieu avec ses alentours ? Pour Henri de Lubac, la croix érigée sur une montagne, au centre du monde, reproduit totalement l'antique image de l'arbre cosmique, en tant qu'Axe du Monde joignant le pôle terrestre au pôle céleste. Or, le méridien de Toulx est le vecteur éloquent d'une telle symbolique : balisé par Boussac ( dont le château abrita longtemps les tapisseries de la Dame à la Licorne ), il désigne le village de Primelles, dans le Cher, situé au coeur de la forêt domaniale de Thoux... Ici, selon Mgr Jean Villepelet (Les Saints Berrichons, Tardy, 1963, p.169), aurait séjourné assez longtemps saint Firmin, évêque d'Amiens, tandis qu'il se rendait à Rome au tombeau des Apôtres. Séjour significatif : Amiens se situe pratiquement sur ce même méridien. Et l'on ne sera guère étonné d'apprendre que l'un des deux Firmin honorés par l'église d'Amiens aurait été converti par saint Saturnin de Toulouse, dont le nom ne se retrouve que dans une seule paroisse du Cher, elle aussi traversée par l'axe polaire.

medium_toulxmalletdenis.jpg


Tournons-nous maintenant vers l'église du village.

12:05 Publié dans Lion | Lien permanent | Commentaires (0)