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16 septembre 2005

Triangulum

« Grâce aux libéralités de Louis VII et du comte Thibaut de Champagne, l'établissement devint rapidement l'un des plus florissants de l'ordre cistercien. »

Cette remarque sur l'abbaye de Vauluisant, trouvée sur un site touristique bourguignon, montre bien que là aussi les deux pouvoirs adossés du roi et du comte se sont entendus pour promouvoir de concert ce qu'il faut considérer comme un des hauts-lieux de la région, situé donc en une zone frontalière particulièrement sensible.

Je lis sur le même site que l'abbaye fut fondée par Artaud, abbé de Preuilly, une autre abbaye-fille de Cîteaux, en Seine-et-Marne. Le site des Rencontres de Provins mentionnait, lui, Anseau de Trainel. Je suppose plutôt que l'abbé oeuvra sur une terre concédée par ce grand seigneur champenois. Le village qui porte encore son nom est situé dans l'Aube, sur l'Orvin, un affluent de la Seine qui marque la limite avec le département de l'Yonne.

Le nom même de Trainel n'est pas anodin : je lis qu'il viendrait du latin « triangulum ». Or, nous sommes bien ici à la croisée de trois départements (Aube, Yonne et Seine-et-Marne), qui reprennent l'ancienne partition provinciale entre Bourgogne, Champagne et Ile-de-France.

 

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Me souvenant de la translation du corps de saint Léger d'Artois en Poitou, je me suis demandé si celle du corps de saint Edme, de Soisy à Pontigny, n'était pas marqué par un alignement quelconque. Sachant que Villeneuve l'Archevêque s'enorgueillit d'avoir vu passer le cortège funèbre, j'ai tracé l'axe Soisy- Villeneuve. Or, il passe exactement par le point nodal de rencontre des trois départements, un peu au sud de Trainel, avant de traverser le bois de Trainel (loin du village en question) et d'atteindre l'abbaye de Vauluisant. Si l'on prolonge cet axe, on touche Cérilly qui appartenait pour partie au chapitre cathédral de Sens et à l'abbaye de Vauluisant,
puis Fournaudin, qui appartenait là encore à Vauluisant, et une chapelle au nord immédiat de Chailley, village qui relevait lui de Pontigny.Aucun autre indice notable à relever ensuite.

Mais nous sommes à ce point précis sur le méridien de Pontigny.

L' emplacement de l'abbaye elle-même illustre à merveille la thématique frontalière que nous ne cessons plus de parcourir. En effet, elle est située au pont sur le Serein qui constitue non seulement le point de rencontre des trois diocèses d'Auxerre, de Langres et de Sens, mais aussi celui des comtés d'Auxerre, de Tonnerre et de Champagne, s'il faut en croire André Ségaud.

« Cette implantation, écrit fort justement J.F.Leroux-Dhuys (op.cit. p. 48), n'est pas sans arrière-pensée politique. »

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14 septembre 2005

Saint Edme, Saint Louis et la couronne d'épines

C'est dans l' abbaye cistercienne de Pontigny que Thomas Becket séjourna presque deux années, de 1164 à 1166, après avoir été accueilli à Sens par Hugues de Toucy. Pontigny se fit d'ailleurs une spécialité de l'accueil de prélats anglais, puisque après Thomas Becket elle reçut deux autres évêques de Cantorbury, à savoir Etienne Langton et Edmond Rich, le futur saint Edme. Ce dernier, en conflit lui aussi avec le roi, avait quitté l'Angleterre en 1240. Malade, il meurt au monastère de Soisy, près de Provins, le 16 novembre 1242. Son corps est alors ramené à Pontigny, où il repose dans le chevet. Il est rapidement canonisé, en 1246. « Son mausolée, écrit Jean-François Leroux-Dhuys, encombre aujourd'hui le sanctuaire de l'église mais il témoigne de l'importance du pélerinage qui vénéra le saint pendant des siècles, chaque année à la Pentecôte. » (Les abbayes cisterciennes, Editions Place des Victoires, 1998, p.298)

C'est en recherchant des informations supplémentaires sur ce saint Edme qui m'était inconnu encore hier que je suis arrivé sur le site de la commune de Villeneuve-l'Archevêque.

Il y est écrit que « les moines de Pontigny y passèrent lorsqu'ils transportèrent le corps de l'archevêque de Cantorbery, futur Saint Edme, de Soisy à Pontigny. » Peut-être le village doit-il d'ailleurs son appellation au souvenir de ce passage ?

A noter aussi que peu de temps avant, en 1239, Saint Louis y accueillit la Couronne d'Epines du Christ qu'il avait achetée à Baudoin II de Constantinople. Le 10 août, avec ses frères et l'archevêque de Sens, il était allé au devant de cette précieuse relique qu'il déposa le jour même en l'abbaye de Saint Pierre le Vif. Très précisément c'est dans le hameau de Maulny le Repos, où existait une maison forte que la jonction eut lieu. Or, Maulny le Repos appartient à la commune de Bagneaux, sise à deux kilomètres de Villeneuve l'Archevêque, et qui plus est sur la limite exacte des départements de l'Yonne et de l'Aube.

 

Saint Louis vénérant la couronne d'épines (Leduc, 1832)

La réception de la couronne d'épines fut un événement tellement considérable à l'époque qu'on ne peut pas croire que le choix du lieu était innocent. Observons tout d'abord que l'on se situait ici à la frontière du domaine royal et du comté de Champagne.

Saint Louis avait certainement dû négocier avec le puissant comte de Champagne pour fixer la réception de la couronne d'épines sur la limite même des deux territoires. La relique avait pu ainsi traverser sans péril les terres de Champagne. Un accord du même type entre les deux puissances royale et comtale avait certainement présidé au siècle précédent à la destinée de Villeneuve : « Même si dès le Paléolithique des hommes laissèrent des traces d'occupation du site, ce ne fut que vers le milieu du XIIème siècle que fut fondée Villa super Vennam (qui devint Villa Nova Domini Archiepiscopi super Vennam) dans une zone assez marécageuse, en bordure de l'ancienne voie romaine et aux confins du domaine royal et du comté de Champagne.
Fait surprenant en effet, cette ville neuve fut créée en Champagne à l'initiative des moines de Saint Jean de Sens dont l'abbaye était en terre française. Son territoire exigu fut constitué aux dépens des paroisses de Molinons, Bagneaux et Flacy. Elle reçut vite la protection de Guillaume aux blanches mains, archevêque de Sens mais aussi fils de Champagne. Villeneuve sur Vanne dépendit dès lors de deux seigneurs : le comte de Champagne et l'archevêque de Sens, les moines de Saint Jean ne conservant que les bénéfices de la cure.
»

Mais autre chose attira mon attention : situant la ville sur la carte Michelin, je m'aperçus que l'abbaye de Vauluisant en était très proche. D'ailleurs la seigneurie de Bagneaux appartenait en propre aux abbés de Vauluisant.

A suivre, bien sûr.

00:35 Publié dans Vierge | Lien permanent | Commentaires (0)

12 septembre 2005

Résurgence de saint Denis

Le très riche site des Rencontres de Provins, que j'ai découvert en recherchant des informations sur Vauluisant, consacre une page au personnage de Hugues de Toucy, élu et sacré archevêque de Sens en 1142 :

« Deux ans plus tard, le 11 juin 1144, il assista à la fête de la dédicace de l'église abbatiale de Saint Denys en France, et y consacra: l'autel de Saint-Edmond. Le 9 octobre de la même année, il dédia l'église de l'abbaye de Vauluisant, fondée près de Courgenay, sous son prédécesseur, par Anseau, seigneur de Traînel. »

Or, le 9 octobre n'est autre que le jour de la saint Denis.

Hasard du calendrier ? Je n'y crois pas, d'autant plus que ce lien entre saint Denis et Vauluisant se répète dans la situation de l'abbaye-fille, c'est-à-dire Varennes, puisque sur le méridien de celle-ci, à quelques lieues seulement, nous retrouvons Saint-Denis-de-Jouhet, dont j'ai traité récemment dans les pages consacrées au Lion. Entre les deux sites, sur le même axe, le village de Fougerolles recèle encore en son église Saint-Pierre une dalle funéraire gravée à l'effigie d'un abbé de Varennes.

Le 11 juin 1144 est considéré par le site Hérodote comme l'acte de naissance de l'art gothique. Cependant, dans le même article, il est écrit qu' « en 1122, à Sens, à l'occasion de la construction de la cathédrale Saint-Étienne, un nouveau style architectural est apparu subrepticement, plus léger, plus élancé, plus lumineux. L'abbé Suger est séduit par ce nouveau style et décide de s'en inspirer pour l'achèvement de sa chère basilique. »

Or, c'est Hugues de Toucy qui mena à terme la construction de la cathédrale de Sens, considérée comme la première des cathédrales gothiques.

 

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 Enluminure du XIIIe siècle décrivant l'assassinat de Becket

C'est lui encore qui accueillit à Sens le célèbre Thomas Becket, archevêque de Cantorbéry, poursuivi alors par l'ire de Henri II Plantagenêt, celui-là même qui usurpa la fondation de Varennes.

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