02 décembre 2005
De l'influence des camionnettes sur la géographie symbolique
Qu'on me permette une légère digression dans mon « périple » biturige. A priori, ça n'a rien à voir, mais... La semaine dernière, la maison voisine a été l'objet de menus travaux, réfection de chéneaux et gouttières à ce qu'il
semble, et un échafaudage a occupé le trottoir pendant quelques jours. Rien que de très ordinaire, sauf qu'un matin, sortant de chez moi, je m'avise que l'entreprise chargé de la besogne est basée à Saint-Léger, un minuscule hameau de la commune de Meunet-Planches. Or, j'ai déjà mentionné ce lieu-dit dans une note sur Saint-Denis-de-Jouhet. Et j'y reviendrai lors de l'étude du secteur Sagittaire, car ce Saint-Léger (dont j'ai déjà dit qu'il était l'unique toponyme représentant le saint dans le département) figure également sur un alignement Lys Saint-Georges-Issoudun. Le logo même de l'entreprise avec le clocher d'église me frappait comme un écho supplémentaire. Je trouvai amusant de retrouver Saint-Léger à ma porte, lui qui m'avait si fort occupé cet été. D'ailleurs, c'est sur le hameau en question que s'est achevé ma correspondance avec le webmestre du site de l'Association des Saint-Léger. J'avais, à son intention, rédigé un inventaire provisoire des Saint-Léger dans la géographie sacrée, mais j'ai sans doute échoué à éclairer sa lanterne, puisque je n'ai plus eu de nouvelles par la suite. Et le site léodégarien ignore toujours mes travaux (ce qui ne me soucie guère d'ailleurs, n'ayant jamais fait le siège d'aucun site pour qu'on y mentionne mes petites trouvailles, et n'étant pas pressé de changer ma politique à cet égard).
J'en étais là de mes pensées sur l'affaire saint Léger, lorsque j'ai reçu le commentaire de Marc Lebeau (merci à lui) sur l'oppidum de type belge ou « de Fécamp » : une simple question technique à laquelle j'ai cherché réponse sur le Net, sans grand succès d'ailleurs, mais, en fait, j'ai trouvé ce que je ne cherchais pas...
Je m'explique : tapant, entre autres, le mot-clé Fécamp, sur quoi tombai-je rapidement ? Ni plus ni moins que sur saint Léger lui-même. Car le pauvre évêque, après avoir eu les yeux crevés, la langue et les lèvres coupées, fut interné chez les moniales de Fécamp, avant d'être décapité en Artois.
Un peu plus tard, je découvre un site consacré à l'archéologie qui signale la mise en ligne du deuxième tome inachevé de « Mythes et Dieux de la Gaule » de Jean-Jacques Hatt, décédé en 1997. Or, dans la suite de mon étude sur la géographie sacrée biturige, comme on le verra bientôt, je parle de ce savant homme, auteur de l'article consacré aux mythes celtiques dans l'Encyclopadia Universalis. Ma position est plutôt critique d'ailleurs, mais elle devra peut-être être révisée à la lueur de la lecture de cet ouvrage : plus de 400 pages à lire quand même, je risque de prendre encore un peu plus de retard...
Enfin, car il n'y a pas que le net, je me suis plongé dans une petite étude qu'on m'a offerte récemment : Les Celtes de l'Age du fer dans la moitié nord de la France, par Olivier Buchsenschutz (La maison des roches, éditeur, octobre 2004). Je parcours le chapitre qui traite de la fortification, où il apparaît que les fermes de l'Age du fer étaient très souvent encloses :
« Cette clôture peut donc prendre des formes très variées suivant la période et le statut du propriétaire de la ferme. Légère, c'est un simple obstacle à la divagation du bétail ; mais quand le fossé dépasse 3 ou 4 mètres de profondeur, quand le talus se dresse à 5 ou 6 mètres, il s'agit d'une véritable défense, d'une construction monumentale qui manifeste la puissance des habitants. La régularité, la symétrie du plan, et le développement des entrées, comme dans la ferme d'Herblay, près de Pontoise, dénotent une recherche architecturale manifeste. Des sondages sur les sites de Meunet-Planches et de Luant (Indre) en 1999 ont même révélé la présence d'un véritable rempart en terre, pierre et bois, le murus gallicus décrit par César (VII, 23), alors que la surface enclose ne dépasse pas deux hectares. » (p. 83-84)
Meunet-Planches, où l'on a aussi retrouvé une des bornes milliaires qu'on plaçait sur les voies romaines, est ainsi considéré comme un site important dans la recherche archéologique contemporaine. Notons enfin que comme Saint-Léger, le bourg est situé sur les rives de la Théols, qui n'est autre qu'un affluent de l'Arnon (les deux rivières marquant en plusieurs endroits la limite entre les deux départements berrichons de l'Indre et du Cher).
Je vous le disais, a priori, ça n'avait rien à voir...
22:50 Publié dans Le Facteur de coïncidences | Lien permanent | Commentaires (1)
01 décembre 2005
La vallée de l'Arnon (1)
Le site, déjà, n'est pas quelconque : cette partie du cours de l'Arnon est toute en gorges, à tel point qu'un petit barrage a pu être édifié, qui a donné un plan d'eau appelé « retenue de Sidiailles », du nom du village qui le surplombe. Village connu pour son "camp de César", où l'on rencontre une fortification de « type belge » ou « de Fécamp », haute et large levée de terre qu'accompagne un fossé à fond plat. Or, le nom même de Sidiailles ne laisse pas d'être intéressant : pour les Celtes, qui croient à l'immortalité de l'âme, il existe un Autre Monde, qui s'appelle précisément le sid :
« Le sens est « paix »(cf. le gallois heddwch), expliquent Ch. J. Guyonvarc'h et F. Le Roux (Les Druides, op. cit. p. 413). La fréquence du terme et le sens secondaire de « monticule, colline » appliqué à de très nombreux toponymes s'expliquent par la conception irlandaise de l'Autre Monde et par les légendes relatives aux Tûatha Dé Dânaan :
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d'une part le sid est localisé par delà la mer, mais toute eau, lac ou fleuve, y donne accès. Cela explique que pour aller dans l'Autre Monde il faille traverser l'océan ou pénétrer dans la profondeur d'un lac (image réduite de l'océan).
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d'autre part, après avoir été vaincu par les Goidels, les Tûatha Dé Dânaan se sont réfugiés sous terre : le sid est donc concevable aussi sous des tertres, des tumuli des collines ou des élévations de terrain, ce dont rend compte le sens de « colline ». Toute divinité est, en principe, propriétaire ou occupante d'un sid. »
Force est de convenir que le site de Sidiailles répond bien à la double définition proposée ici, de par sa position même au-dessus des gorges. Le renfort de l'archéologie montrant qu'il s 'agit bien là d'un vestige de la civilisation des oppida vient renforcer notre conviction que nous sommes en présence d'un important témoignage de la géographie sacrée du peuple biturige.
Ce n'est pas le seul : d'autres indices attendent patiemment que l'on daigne les reconnaître. Il suffit pour cela de descendre un peu la rivière.
13:30 Publié dans Scorpion | Lien permanent | Commentaires (5)





