04 octobre 2007
Les chiens de Saint Phalier
Saint Phalier, c'est encore une histoire de clochers.
Découvrant ce saint dont j'ignorais tout, je me retournai bien sûr vers mon habituel hagiographe, l'excellent Mgr Villepelet. J'y appris donc que Phalier, originaire de Limoges, s'était retiré à Chabris, "lieu alors complètement sauvage, pour y mener la vie monastique". On peut douter d'emblée de cette prétendue sauvagerie car Chabris, sur les bords du Cher, vient de vicum Carobrias (de l'hydronyme celtique Karus (prélatin car, pierre) et du gaulois briva, pont. Stéphane Gendron écrit que "l'occupation du site doit être mis en relation avec les voies anciennes Chabris-Bourges, Chabris-Poitiers, et la mise en valeur de la vallée du Fouzon, au sud de la commune." Quoi qu'il en soit, Phalier se construisit une cabane et une chapelle, où il mourut, "célèbre par ses vertus et ses mérites". Mgr Villepelet fait l'impasse sur ses voyages supposés à Jérusalem et à Rome, "récits qu'on trouve dans beaucoup d'autres légendes du même genre et qui semblent bien n'être mis là qu'à titre de développements pieux." La chapelle devint la crypte de l'église de Chabris, où les reliques de Phalier furent déposées. Son culte fut certainement vivace puisque Louis XI lui-même vint en pélerinage à Chabris pour obtenir la guérison d'une méchante fièvre : "Ayant été exaucé, raconte Mgr Villepelet, il fit faire une châsse de grand prix et donné exemption de tailles à tous les habitants de Chabris par lettres patentes de 1482." Un grand pélerinage annuel avait lieu le premier dimanche de septembre, avec procession des reliques jusqu'à la fontaine qui porte son nom : j'ignore s'il est toujours en vigueur, le Quid n'en soufflant mot et parlant juste d'une assemblée.
Eglise Saint-Christophe et Saint-Phalier (Chabris)
La venue de Louis XI à Chabris a suscité des récits non rapportés par notre archevêque, comme celui de Just Veillat intitulé les Chiens de M.Saint-Phalier:
"Le roi Louis XI, alors à Plessis-les-Tours, pressentant avec terreur qu'il allait mourir, décida de se rendre à Chabris pour prier devant le tombeau de Phalerius, connu dans la région sous le nom de Saint-Phalier. Pendant le voyage, un terrible orage éclata, menaçant le roi et son escorte. Tout à coup des cloches se firent entendre, dominant les éclats du tonnerre. La nue se fendit et s'enfuit dans des directions opposées; un arc en ciel se dessina à l'horizon...
Alors Louis XI, de sa litière, demanda à un vieux pâtre qui se tenait sur le bord de la route :
- Brave homme, dit-il, quel est ce clocher qu'on voit là-bas, et d'où vient cet étourdissant carillon?
- Messire, répondit le paysan, ce clocher est celui de Chabris, et vous entendez lez aboiements des bons chiens de Saint-Phalier lâchés sur le diable.
- Qu'appelles-tu les chiens de Saint-Phalier?
- Nous nommons ainsi les cloches de la paroisse qui, mieux que limiers suivant la piste, savent chasser les démons et les tempêtes
En arrivant devant l'église, l'escorte royale aperçut une foule nombreuse assemblée autour d'une femme qui, se tordait sur le sol dans d'horribles convulsions.
Le Roi demanda l'explication de cette scène à un villageois qui lui répondit :
- N'approchez pas, Messire, n'approchez pas ... C'est une sorcière possédée du malin. Elle se vante d'appeler et de commander aux puissances de l'air. Aussi, quand l'orage d'aujourd'hui éclata sur la paroisse, vous l'eussiez vue riant, dansant, gesticulant, sans s'inquiéter de la pluie et des éclairs, tandis que chacun se réfugiait dans l'église ou les maisons. Mais elle avait compté sans les chiens de Saint-Phalier, car aussitôt que nos bonnes cloches se mirent en branle pour conjurer la tempête, elle rougit, pâlit, chancela et tomba dans les contorsions qui l'agitent encore en ce moment. Dieu veuille, pour elle et pour nous, que cela lui serve de leçon."
Comme à Saint-Outrille, nous retrouvons le diable et le clocher. L'historien Bernard Gineste, évoquant un Saint Phalier du côté d'Etampes, note que "Au moins en Sologne et dans le Berry, saint Phallier passait bien au Moyen Age pour garantir précisément des orages (et accessoirement des autres intempéries nuisibles aux cultures, pour les clercs, qui en faisaient un nouvel Élie, capable donc théoriquement, comme ce grand thaumaturge biblique, d’ouvrir le ciel autant que de le fermer: mais il s’agit d’une rationalisation secondaire). On lui présentait aussi les personnes étiques qu’on disait en chartre, c’est-à-dire en proie au carreau, maladie que Littré appelle encore atrophie mésentérique, et qui retardait gravement le développement des enfants."
B. Gineste conteste l'assimilation, proposée par de nombreux auteurs ( celle-là même à laquelle j'inclinais) de Phallier (ou Phalier, du latin phalerius, «originaire de Phalères») à un culte phallique, priapique. Il critique ainsi l'hypothèse de Michel Martin, rédacteur d'un livre sur le passé d'Etampes, mettant en relation une statue ithyphallique découverte à Morigny avec saint Phalier.
Fresque de Priape (Pompéi)
"Cette sculpture, explique Gineste, proviendrait précisément du sanctuaire du vicus gallo-romain d’Étampes (qu’il place dans l’actuelle zone industrielle), tout près de l’endroit où plus tard fut érigée la chapelle de Saint-Julien martyr d’Antioche.Or il y avait dans cette chapelle un autel consacré à saint Phallier, ermite à Chabris en Sologne au 5e siècle (dont Fleureau nous résume l’hagiographie à la page 19 de ses Antiquitez d’Estampes). Ceci, nous dit l’auteur, «illustre localement cet apprivoisement des pratiques judéo-chrétiennes», et «cet exemple montre que les lieux de culte chrétiens succèdent fréquemment à des sanctuaires antiques». En d’autres termes on serait passé presque sans interruption de Priape à saint Phallier."
Bernard Gineste réfute cette hypothèse en arguant du fait que le grec phallos, «membre viril» "n’a pourtant jamais été d’usage dans le latin antique. A peine trouve-t-on le mot phallus chez un érudit africain de la fin du 3e siècle et il n’apparaît clairement en français qu’au 16e siècle chez quelques érudits. Martin n’est-il pas le premier à sourire en lisant chez dom Fleureau, ou encore chez Montrond, que les druides parlaient sûrement le grec? les Étampois du Bas-Empire et de l’époque mérovingienne ne le parlaient pas davantage."
Dans une autre page, Gineste écrit que "cela réduit à néant le rapprochement entre ces deux cultes, car il n’y a par ailleurs aucun commencement de lien palpable entre ce que nous connaissons du culte de Priape et celui de saint Phallier." Et il termine en affirmant :" Il nous faut donc nous contenter du peu que nous savons et espérer que quelqu’un s’attelera prochainement à une étude sérieuse et réellement critique de ce que nous savons de saint Phallier et de son culte."
Unn peu déconfit, je l'avoue, je revins alors à mes cartes et fis une découverte que je n'hésite pas, pour une fois, à qualifier de capitale.
(A suivre)
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01 octobre 2007
Des clochers tors à Saint Phallier
Gustave Flaubert (Bouvard et Pécuchet, ch.4)
La collégiale de Saint-Outrille présente la particularité d'avoir un clocher tors, c'est-à-dire un clocher avec une flèche en spirale. Ce caractère est voulu ou bien accidentel, à la suite d'un vieillissement ou d'un mauvais séchage du bois. Dans le cas de Saint-Outrille, c'est une construction tout à fait volontaire, une prouesse dans l'art de la charpente avec cette torsade "d'origine de 1/16e de tour de la gauche vers la droite sur les deux tiers de sa hauteur avant de terminer tout droit".
Les clochers tors (ou flammés) sont rares, mais il en existe tout de même une soixantaine en France. On peut d'ailleurs en admirer un autre dans la proche localité de Nohant-en-Graçay (église Saint-Martin).
Une association s'est même constituée à la fin des années 80 et c'est précisément le maire de Saint-Outrille qui a organisé le 1er rassemblement des représentants des villes et villages s'honorant d'un clocher tors.
Des légendes courent sur l'origine des clochers tors et Saint-Outrille n'est pas en reste. Une première légende affirme que la flèche se redressera lorsque trois jeunes filles vierges du village se marieront dans l'église le même jour (on avait donc l'air de penser que ce ne serait pas demain la veille...) La seconde est rapportée ainsi sur le site de la commune :
"Un jour, on aperçut le diable dans le village. Aussitôt, les braves villageois se mirent en devoir de lui donner la chasse. Le diable se réfugia sur le clocher. Une vaillante commère entreprit de l'en déloger et commença l'escalade. Le diable, sentant son refuge menacé, sauta dans le verger avoisinant. Mais sa queue se prit dans la flèche et la tordit de telle façon que, de nos jours, elle demeure vrillée ...."
Ces légendes transpirent bien sûr une forte connotation sexuelle. Et, poursuivant mon idée sur les bétyles, je me demandai alors si ce clocher tors n'était pas en quelque sorte l'homologue occidental d'un lingam oriental, cette pierre dressée en l'honneur de Shiva et ayant le plus souvent apparence de phallus ?
De plus, la découverte sur la carte IGN d'un lieu-dit Saint-Phallier aux portes de Graçay me portait irrésistiblement vers cette hypothèse. Mais n'étais-je pas victime du syndrôme de Bouvard et Pécuchet ?
(A suivre)
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Coïncidence : on lira avec profit le beau billet de Jean-Marc Bellot, Le corps des chimères : il y évoque précisément les flèches spiralées des monuments de Borromini et Gaudi : "En sortant de cette visite, encore tout à la griserie de ce que j'avais vu, je marchai en cercles concentriques autour de Sant'Ivo. Comme hypnotisé, mon regard cherchait sans cesse la lanterne en forme de flèche spiralée, avec ses flammes pétrifiées, ses piques en fer forgé. Une Pentecôte inversée, où le génie muet de l'homme s'élèverait en réponse au don des langues. Deux mouvements ignés en sens contraire pour renouer l'alliance avec le divin. Proprement hallucinant."
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28 septembre 2007
Outrille et le Bétyle
Saint Sulpice nous a révélé la figure de saint Outrille, son prédécesseur sur la cathèdre berruyère. A part Saint-Aoustrille, dont nous avons vu qu'il rasait l'axe Saint-Genou-Saint-Ambroix, le saint a donné son nom à un village du Cher, accolé au bourg de Graçay et situé comme Saint-Ambroix à la limite des deux départements berrichons. Une collégiale romane, fondée en 989 par le chapitre du château de Saint Outrille de Bourges, lui est consacrée. Nous sommes ici très près de Vatan, la ville natale de Sulpice.
On peut définir un quasi triangle isocèle en traçant les axes Saint-Aoustrille - Saint-Outrille et Saint-Outrille - les Chapelles (point médian, rappelons-le, de l'axe Saint-Genou - Saint-Ambroix).
A Ménétréols, l'église est, nous l'avons vu, sous le vocable de saint Paul, qu'un vitrail représente, armé de son épée. Or, le site nominis, consacré aux biographies de saints, relate que saint Outrille "refusa une épouse pour devenir prêtre à Lyon, puis évêque de Bourges où il se concilia l'estime de son peuple en chassant un seigneur malfaisant que saint Outrille força lui-même, une épée à la main, à déguerpir et à pratiquer son brigandage ailleurs. Une localité se rappelle de cela : Saint Outrille-18310."
Mgr Villepelet ne rapporte pas cette anecdote mais signale tout de même qu' Outrille aurait dû combattre un certain Bethelen qui l'avait accusé de détournement de biens publics. Le roi Gontran aurait ordonné une ordalie (jugement de Dieu) en champ clos. Outrille se rendit au combat mais son adversaire avait déjà péri, renversé et foulé aux pieds par son cheval, "très doux d'ordinaire": "Le roi vit dans cette mort la manifestation de la vengeance divine". Un chapiteau de l'ancienne collégiale Saint-Outrille de Châtillon-sur-Indre (cité situé à quelques kilomètres en aval de Saint-Genou) reproduit les démêlés du saint avec Bethelen.
Il y a fort à parier que le combat d'Outrille et de Bethelen recouvre la christianisation d'une pierre sacrée, sans doute un mégalithe (ils sont nombreux dans ce secteur, ainsi peut-on trouver à Gracay le dolmen dit de la Pierre-Levée). Le village de Saint-Jean de Boiseau, dans le pays de Retz, près de Nantes, possède une chapelle de Béthléem dont le nom originel est Bétélian. Selon les rédacteurs du site de la commune, "l"
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17 mars 2006
Les saints confluent pour mourir
Refermons la page sur la luxuriante hagiographie vatanaise. J'ai gardé pour terminer, je ne dirais pas le meilleur, mais le plus illustre des saints en rapport avec la modeste cité actuelle. Ne patronne-t-il pas une des plus célèbres églises de la capitale, dont un best-seller récent a encore contribué à exhausser la notoriété ? N'a-t-il pas donné son nom, bien malgré lui d'ailleurs, à tout un style d'art religieux ? Vous l'avez sans doute deviné, il s'agit de saint Sulpice (que nous avons déjà rencontré par ailleurs, mais sans nous attarder).
Je ne pense pas que beaucoup de parisiens savent que la tradition le fait naître à Vatan...
Parents illustres, famille de premier rang, premières années à la cour de Bourgogne, les commentateurs insistent sur le voisinage royal de Sulpice (surnommé le Pieux ou le Débonnaire, à cause de la douceur de son caractère). Pourquoi placer le berceau de ce noble rejeton dans ce bourg obscur de Vatan ? Et si, outre le riche symbolisme, on l'a vu, qui s'y attachait, c'était parce que Vatan est à la fois sur le méridien de Neuvy et sur le parallèle de Bourges, dont le siège épiscopal échut à Sulpice par nomination royale ?
Qui Sulpice choisit-il au terme de son existence pour lui succéder ? Un certain Vulfolède, qui n'est autre que saint Florent, que j'ai maintes fois évoqué (il est bien sûr possible que le même nom recouvre plusieurs personnes, mais c'est justement le nom qui est important) :
"Il quitta volontairement la dignité archiépiscopale et fit subroger à sa place Vulfolade (futur Saint Florent), l'an 642."
(Gaspard Thaumas de la Thaumassière, 1689)
Cette relation à Florent est d'ailleurs marquée sur le sol même du territoire par un axe Saint-Florentin- Vatan qui se prolonge jusqu'à Saint-Florent-sur-Cher.
Saint Sulpice fut inhumé dans le monastère de la Nef qu'il avait lui-même fait édifier, et qui prit son nom plus tard. Ce nom de Nef intrigue : en fait le monastère, « construit à l'ouest de Bourges, au confluent de l'Yèvre et de l'Auron, tirait son nom des barques (navis, nef) qui assuraient le service d'une rive à l'autre. » (Mgr Villepelet, p. 18.) Il est intéressant de noter que certains saints, et non les moindres, aiment à mourir près des confluents : ainsi l'illustre saint Martin rend l'âme à Candes Saint-Martin, au confluent de la Vienne et de la Loire.
Le culte du saint archevêque de Bourges fut introduit ensuite à Paris dès le IXème siècle avec le succès que l'on sait.
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09 mars 2006
La Couronne de Ménétréols
« Dès la plus haute antiquité, une valeur prophylactique est attribuée à la couronne. Elle tenait cette valeur de la matière dont elle était faite, fleurs, feuillage, métaux et pierres précieuses, et de sa forme circulaire, qui l'apparentait au symbolisme du ciel.
En Grèce et à Rome, elle est un signe de consécration aux dieux. Dans le sacrifice, sacrificateur et victime sont couronnés. Les dieux se détournent de ceux qui se présentent à eux sans couronne, dit un poète grec archaïque. Les statues des dieux sont couronnées, et généralement avec les feuilles des arbres ou les fruits des plantes qui leur sont consacrés, le chêne à Zeus, le laurier à Apollon, le myrte à Aphrodite, la vigne à Dyonisos, les épis à Cérès... »
(Dictionnaire des Symboles, Jean Chevalier, Alain Gheerbrant, art. Couronne, p. 304, Robert Laffont, 1982)
Genèse d'une figure.
En examinant la semaine dernière sur la carte la position de Saint-Valentin par rapport à Vatan, je constatai que le village de Ménétréols-sous-Vatan était pratiquement situé à mi-chemin des deux bourgs. Un hasard peut-être, mais dans ces cas-là, un réflexe presque professionnel me commande de tracer le cercle ayant comme centre le lieu médian en question, donc ici Ménétréols, dont je sais que le nom indique l'ancienne présence d'un monastère (Monesteriolo, 1154, de monasteriolum, petit monastère).
J'y suis d'autant plus enclin que je suis intrigué par ce nom de Tournemine, désignant la rivière passant à Saint-Valentin.
Tournons donc.
Or, j'ai la bonne surprise de glaner sur cette circonférence le lieu-dit La Ronde et le village de Giroux (Giro, 1214, que S. Gendron fait dériver de Giroldus, nom propre germanique, et sans doute a-t-il raison, mais comment ne pas y lire aussi la giration ?).
A ce stade, je suis encore loin d'être certain de la valeur de mon hypothèse. Je me documente alors sur chacun des villages aux alentours de ce cercle et constate que quatre d'entre eux (Paudy, Liniez, Lizeray et Giroux) possèdent une église Saint-Martin (à Liniez, coule un ruisseau également nommé Saint-Martin). Saint Martin, le grand saint évangélisateur, pourfendeur du paganisme des campagnes. Encore une fois, ce n'est pas un indice décisif, car Martin est le saint « qui possède le plus grand nombre de patronages d'églises (près de quatre mille) alors que les toponymes débutant par Saint Martin ou incluant le nom de saint Martin ne se comptent plus. » (Ph. Walter, op.cit. p. 54), mais il y a tout de même lieu de s'interroger.
J'aurai l'occasion de revenir sur cette grande figure de Martin.
Un deuxième cercle intérieur définit une couronne contenant tous les villages circonvoisins de Ménétréols, isolant celui-ci sur son plateau dominant légèrement les vastes horizons de la Champagne. A propos, quel saint patronne l'église de Ménétréols ? Saint Paul, dont on sait qu'il s'est souvent substitué à Apollon, le dieu de la Lumière : « Toute couronne participe de l'éclat et du symbolisme de la couronne solaire. » (Dictionnaire des Symboles, p. 303.)
Enfin, je m'avise que ce n'est pas le premier cercle qui apparaît sur ce parcours zodiacal. On se souvient peut-être de la Roue de Taranis, à cheval sur Poissons et Bélier, ou Roue de Nesmes.
Or, les diamètres de cette Roue et celle de la Couronne de Ménétréols sont identiques à quatre cents mètres près.
Ménétréols, comme Nesmes, signalerait-il un autre sanctuaire celtique, un autre nemeton ? Les deux noms consonnent étrangement : et si le petit monastère latin dissimulait un important temple pré-chrétien ?
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05 mars 2006
Du plus simple des calembours
Evoquant saint Clair, l'érudit Romain Guignard cite plusieurs saints Clair sans pouvoir identifier lequel était honoré à Vatan. Est-ce le saint Clair, successeur de saint Martial ou le saint Clair, « premier évêque de Nantes et apôtre de la Bretagne environnante, venu en Gaule à la fin du IIIème siècle » ? Ou bien encore cet abbé originaire de Saint-Clair, près de Lyon, et mort vers 660 ? Enfin, dernière hypothèse, ce prêtre originaire de Rochester, en Angleterre, assassiné en 894 à Saint-Clair-sur-Epte, dans le Vexin ? Point commun entre tous ces saint Clair : on les invoque tous pour les affections de la vue « sans doute en vertu du plus simple des calembours : saint Clair est un saint qui fait voir clair. »
Un chanoine du chapitre de Saint Laurian rapporte ainsi le culte populaire à saint Clair le quatrième dimanche après Pâques (donc le même jour que la fête de la translation des reliques de Laurian) :
« A côté du choeur, du côté du doyenné, il y a une grande chapelle sous l'invocation de saint Clair, au bout de laquelle il y a une espèce de caveau sous le chapitre. Dans ce caveau, il y a une fontaine et une figure de saint Clair.
Le peuple qui vient en dévotion, après avoir fait ses prières dans la chapelle en entrant, descend dans ce caveau. Chacun se lave les yeux avec l'eau de la fontaine et fait aussi sa prière devant la statue de saint Clair, après quoi on lui ôte la tête de dessus les épaules pour la baiser. Cette dévotion quoique bizarre produit au moins quarante écus chaque année à la mense du chapitre, dans des années meilleures quelquefois plus. » (C'est moi qui souligne.)
Ce chanoine, à l'époque, ne comprend déjà plus cette pratique populaire, ce pourquoi il la trouve bizarre. Evidemment, la tête de la statue que l'on baise rappelle la décapitation de Laurian. Il y a aussi quelque chose de significatif à cette descente au caveau : il s'agit encore une fois d'aller au fond de la terre obscure pour trouver la lumière. Le héros descend aux Enfers pour mieux accéder à la Terre Promise, ce qu'évoque fortement, on s'en souvient, la légende du Rocher des Fileuses, à Crozant.
Même date de fête, même référence à la décapitation, Saint Clair apparaît nettement comme un doublet de saint Laurian. Grâce à une recherche sur le net, j'ai pu en avoir la confirmation, et corollairement trouver l'identité du saint Clair invoqué à Vatan.

Il suffit en effet de consulter le site internet de Saint-Clair-sur-Epte. Cette ville du Vexin, située sur la frontière naturelle entre la Normandie et l'Ile-de-France, est célèbre pour le traité de paix signé en 911 entre Charles le Simple et le chef viking Rollon. Vers 878, elle se nomme encore Vulcassum, lorsque s'y réfugie un jeune et beau moine qui a échangé son prénom anglais William contre le nom de Clair. Il vient d'errer pendant douze ans pour échapper aux avances d'une femme riche et puissante. Il édifie son ermitage, mais le site précise qu'« il y rencontre moult gens qui viennent même de très loin pour le voir. » Les ermitages de l'époque sont très courus...
Je recopie la fin de l'histoire telle qu'elle est racontée sur le site :
« Seulement l'implacable dame, frustrée dans ses désirs, ne l'avait pas oublié. Les deux hommes envoyés en Neustrie le poursuivaient inlassablement. En passant à Vulcassum, voyant un homme en prières, ils lui demandèrent: "Toi, connais tu un nommé Clair", "Non" répondit il dans un premier mouvement de frayeur. Ils continuèrent donc leur chemin, mais Clair s'étant ressaisi et croyant avoir commis une grosse faute en cachant la vérité les appela : "Clair, c'est moi". Alors, se mettant à genoux et leur présentant sa tête il ajouta: "Périsse ce corps qui peut être l'objet d'un amour criminel"...Puis l'un de ses bourreaux lui trancha la tête. C'était le 4 novembre 884, Clair était âgé de 39 ans.
S'accomplit alors un miracle qui mit les meurtriers en fuite, Clair prenant sa tête à deux mains alla la plonger dans l'eau de la fontaine, puis il se rendit à son oratoire. De là il alla à l'église et se couchant à gauche de l'autel y marqua ainsi le lieu de sa sépulture. »(C'est moi qui souligne.)
Nous retrouvons ici non seulement la décapitation par les émissaires d'un ennemi juré, mais l'acte même de laver la tête tranchée à la fontaine.
Les choses ne s'arrêtent pas là : Clair avait débarqué en Neustrie avec un compagnon, Alford, qui échangea lui aussi son nom contre celui de Cyrin. Sanctifié lui aussi, ils sont fêtés tous les deux le 16 juillet, où leurs châsses sont portées en procession dans les rues du village. Ce qui se passe ensuite est bougrement intéressant :
Après une retraite aux flambeaux et le recueillement devant une chapelle, on allume un bûcher au pied d'un bouleau fraîchement abattu. Une couronne de fleurs est disposée à six mètres cinquante du sol. Si le brasier enflamme entièrement la couronne devant les reliques de saint Clair, alors le bonheur pour tous les habitants de saint Clair est assuré pour l'année.

Cette couronne de fleurs ne nous rappelle-t-elle pas celle de la légende des Fileuses ? Ne fait-elle pas écho à l'étymologie de Florent, fêté le 4 juillet comme le martyre de saint Laurian ? Et comment ne pas s'étonner de cette nouvelle résonance avec Flore Brazier, l'héroïne de la Rabouilleuse ?
Enfin, cette roue de feu, que nous retrouvons aussi, par exemple, dans un rite lorrain décrit par Philippe Walter1,me semble inscrite sur le sol même de la terre vatanaise.
Il faut revenir à Saint-Valentin.
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1« Une grande roue enflammée dévalait la pente de colline qui surplombe Sierck-lès-Bains en Moselle. Si elle avait été bien lancée, elle devait finir sa course dans les eaux de la Moselle. Cette roue fabriquée à l'aide de paille devait descendre le plus loin possible. Si elle plongeait dans la Moselle, c'était le signe que la récolte de vin serait excellente. » (Mythologie Chrétienne, op.cit. p.157.)
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01 mars 2006
La lumière de saint Valentin
Saint Laurian n'était pas le seul saint honoré à Vatan. La collégiale qui avait recueilli ses reliques s'honorait de plusieurs autres saints témoignages, comme le rapporte La Thaumassière dans son Histoire de Berry, au XVIIème siècle : « Dans la même église sont deux anciens tombeaux au-dessus de l'autel, remplis de reliques, une châsse d'argent doré en laquelle est le bras de saint Valentin et du bois de la vraie croix de Notre-Seigneur et un très beau reliquaire qu'ils appellent le Sancta Sanctorum. Personne n'est inhumé dans le choeur de cette église à cause que l'on estime qu'il renferme les cendres de S. Laurian, les reliques de S. Clair, de S. Troyan évêque de Xaintes, de S. Simplice confesseur, S. Valentin martyr, S. Léonard abbé, Ste Montaine vierge, de tous lesquels l'on fait fêtes particulières et celle de leur patron le 4 de juillet par chacun an. »
Il importe d'examiner de près cette liste de saints : ce saint Valentin, dont l'église prétendait donc posséder un bras, a été lui aussi, comme Laurian, décapité. Sur les cinq saint Valentin connus, deux sont des évêques, c'est d'ailleurs ainsi qu'il est représenté dans le livre de Philippe Walter. Notons que le village de Saint-Valentin, célèbre pour sa fête des amoureux le 14 février, est situé non loin de Vatan, sur les rives de la Tournemine qui arrose ensuite le château de Frapesle, près d'Issoudun, où séjourna Balzac1 , chez son amie Zulma Carraud.
« Un même rite, remarque Ph. Walter, se retrouve dans le contexte de Carnaval et dans la légende de saint Valentin : la mise à mort par décapitation d'une figure divine. Ce rite de décapitation, qui renvoie à une pratique cultuelle par ailleurs bien connue des Celtes, se retrouve dans le Rig Véda associé à une divinité qui porte le nom fort explicite de Karna. Ce dieu hindou subit une décapitation rituelle et cet acte se trouve inscrit dans le temps des saisons comme s'il devait en expliquer le cycle infini (...) Dans le folklore médiéval et contemporain, Carnaval se termine avec la mort du roi géant que l'on sacrifie sur un bûcher au soir de mardi gras.» (Mythologie Chrétienne, op.cit. pp. 88-89.)
Ce n'est pas un hasard, selon lui, si la fête de saint Valentin est situé un 14 février, en pleine période carnavalesque, et si l'élément val du nom du saint se retrouve dans le mot Carnaval.
En tout cas, si l'on examine le récit du martyre de Valentin, on y retrouve la thématique de la lumière qui était clairement apparue, si je puis dire, à l'issue de ma note précédente :
« Le faible Claude, craignant des troubles, abandonna le martyr, qui eut à subir un autre interrogatoire devant un nouveau juge:
"Comment, lui dit celui-ci, peux-tu dire que Jésus-Christ est la vraie lumière?
-- Il n'est pas seulement la vraie lumière, mais l'unique lumière, dit Valentin.
-- S'il en est ainsi, rends la vue à ma petite fille adoptive, aveugle depuis deux ans; je croirai en Jésus-Christ, et je ferai tout ce que tu voudras."
L'enfant fut amenée; le prêtre, lui mettant la main sur les yeux, fit cette prière:
"O Jésus-Christ, qui êtes la vraie lumière, éclairez cette aveugle."
A ces paroles, l'aveugle voit; le juge Astérius, avec toute sa famille, confesse Jésus-Christ et reçoit bientôt le baptême. L'empereur, averti de ces merveilles, aurait bien voulu fermer les yeux sur les conversions nouvelles; mais la crainte lui fit trahir sa conscience et le sentiment de la justice; Valentin et les autres chrétiens furent livrés aux supplices et allèrent recevoir au Ciel la récompense de leur courage, en l'année 268. »
Mais parmi tous les saints cités par La Thaumassière, il en est un dont l'histoire va confirmer d'éclatante manière la force de la thématique lumineuse, un saint dont Romain Guignard relève que la dévotion prit, à une époque indéterminable, un « développement curieux qui en vint à éclipser la dévotion à saint Laurian lui-même. Nous voulons parler de saint CLAIR. » (op.cit. p.32.)
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16 février 2006
La paix du feu, qui est l'huile
"N'en déplaise à Paris, Issoudun est une des plus vieilles villes de France."
(H. de Balzac)
Reprenons notre marche en avant, notre circumambulation zodiacale, en abordant les terres de Sagittaire. Longue fut la station précédente en Scorpion, mais, de l'examen de la géographie sacrée biturige à la tentative d'investigation dans l'univers de l'alchimie, les questionnements étaient nombreux et les pistes de recherche foisonnantes. C'est d'ailleurs avec un sentiment d'inachevé que je quitte ce signe, la matière historique et mythologique qu'il convoque s'est révélée considérable, et appréhender plus de quinze cents ans de vie berruyère-berrichonne, entre Ambigatus et Jacques Coeur, semble un défi quasi impossible à relever. Le temps manque, et plus que jamais se justifie le titre du site : plus que jamais, j'ai la sensation de n'explorer ici que des fragments de la géographie sacrée de mon pays natal.
Les signes qui vont suivre - sauf surprise, et découverte de nouveaux indices – ne présenteront pas le même volume d'informations, et j'ai bon espoir de terminer ma ronde annuelle, à l'équinoxe de printemps, sur un panorama complet du zodiaque de Neuvy Saint-Sépulchre. La tâche n'en sera pas terminée pour autant, mais il est encore trop tôt pour évoquer ce temps à venir.
Donc Sagittaire. Où il faut encore parler de Lys Saint-Georges, et des deux souverains, Philippe Auguste et Richard Coeur de Lion, qui lui auraient donné son nom. Nous savons d'autre part qu'ils se disputèrent âprement la puissante place forte d'Issoudun , située également dans ce signe, rivalité dont le témoignage architectural le plus imposant est la Tour Blanche , commencée par Richard et achevée par Philippe. Or l'alignement Lys- Issoudun passe par ce hameau de Saint-Léger déjà évoqué par ailleurs, saint Léger qui est aussi le titulaire de l'église de Lys. Cet axe Lys-Issoudun est véritablement la flèche du centaure archer, que Doumayrou envisage comme « l'archétype de la chevalerie traditionnelle » (op.cit. p. 255), dont nos deux rois étaient vus comme les conducteurs divinement désignés. Aussi bien, Saint Georges est-il ce chevalier qui met à la raison le dragon de Lybie dans la Légende Dorée de Jacques de Voragine.
Le signe est le domicile de Jupiter, aussi y trouvons-nous, établi sur les bords de l'Indre, le château de Villejovet, dont le nom vient du latin jovis, génitif de Jupiter, tandis qu'en aval s'élève Ardentes, qui fait clairement référence au feu du signe.
Nous avons déjà vu le rôle central de cette cité au sein de la figure du triangle du Feu s'opposant symétriquement au triangle de l'Eau. J'ajouterai maintenant qu'Ardentes est symétriquement opposé à Aigurande (dont la racine est l'equo celtique, l'aigue, c'est-à-dire l'eau), par rapport à l'axe équinoxial, le parallèle de Neuvy. L'eau et le feu ici se répondent, et entre les deux cités se tisse un échange subtil lisible dans le jeu des blasons : celui d'Ardentes est d'or à trois fasces ondées, de gueules, qui est : de Maillé, tandis que celui d'Aigurande est semé de France à la cotice de gueules. Les ondes rappellent les eaux-mères, vivier inépuisable de Cancer qui, lui, renferme le feu royal incarné par les fleurs de lys d'or. De la même manière, le Cancer du zodiaque toulousain enveloppe le pays de Foix, du feu : « cette eau singulière, détentrice du feu, est, d'après René Guénon (Symboles fondamentaux, p. 155), l'eau substantielle où se développeront les germes fécondés, car ce signe est celui de la gestation. » (G.R. Doumayrou, op. cit. p. 171). D'ailleurs le blason de Foix n'est pas sans offrir quelque similitude, de nombre et de métal, avec celui d'Ardentes, avec ses trois pals de gueules sur champ d'or.

Dans cet autre triangle zodiacal qu'est celui de l'élément Feu, le Sagittaire, après le Bélier et le Lion, représente un achèvement. Ecoutons l'astrologue-poète Jean Carteret :
« Il y a trois types de feu : le feu originel qui est le feu invisible comme l'électricité, il y a l'accident du feu qui est la flamme, et il y a la paix du feu qui est l'huile – d'où le sacre des Rois de France. » (Des dialogues et du verbe, L'Originel, 1978, p. 63).
Le berceau de la puissance royale, la bien-nommée Ile-de-France, est placée, par une malicieuse coïncidence de l'histoire, à l'intérieur de cette zone Sagittaire. L'huile sainte versée par les prêtres sur le corps du roi le remplissait, croyait-on, de la force du Seigneur. « Un tel cérémonial, explique Georges Duby, introduisait ainsi le souverain dans l'Eglise, l'établissant parmi les évêques que l'on sacrait comme lui. Rex et sacerdos, il recevait l'anneau et le bâton, les insignes d'une mission pastorale. Par les chants de louange que l'on psalmodiait dans les solennités du couronnement, L'Eglise installait sa personne au sein des hiérarchies surnaturelles. Elle précisait sa fonction qui n'était plus simplement de combat, mais aussi de paix et de justice. » (Le Moyen Age, Skira, 1984, p. 15). Ceci correspond bien à la mission du feu sagittarien qui, au terme du troisième quadrant du zodiaque, selon un autre astrologue, André Barbault (Sagittaire, Seuil, 1958), « est au service d'une expérience « transindividuelle » ; son essence purifiée est destinée aux transports spirituels : il est feu purificateur, feu de l'illumination, feu sacré, analogue à la flamme qui s'élève, à la flèche qui relie la nature à la transcendance. »
Par exemple, Helgaud de Saint-Benoît-sur-Loire, qui écrivit la vie du roi Robert de France, parle de lui comme d'un homme de Dieu : « Il avait tant de goût pour l'Ecriture que pas un jour ne se passait sans qu'il lût les Psaumes et adressât à Dieu très haut les prières du saint David. » « Ainsi, dit-il par ailleurs, le roi doit être mis à part de la foule des laïcs car, imprégné de l'huile sainte, il participe au ministère sacerdotal. »
Observons tout de même, avec Georges Duby encore, que ce roi perd toute autorité dès que l'âge ou l'infirmité l'empêche de monter à cheval. Comme si le pouvoir royal ne pouvait se maintenir sans puiser aux sources de la puissance instinctive représentée par le noble animal. Centaure déchu, le roi passe la main.
Richard Coeur de Lion
Issoudun, convoitée par les deux rois de France et d'Angleterre, fut rattachée à la France en 1200, en étant comprise dans la dot de Blanche de Castille. Ville royale, elle accueillit fréquemment Charles VII et Louis XI, au logis du Roi, actuel Hôtel de Ville. Louis, reconnaissant la loyauté de ses habitants, affranchit les sept foires annuelles en leur accordant les mêmes privilèges qu'à celles de Bourges, la rivale. Cette fidélité d'Issoudun à la monarchie lui valut encore, en 1598, d'être exempté par Henri IV de toute imposition. Le blason de la ville porte lui aussi l'empreinte royale de par ce champ d'azur au pairle d'or accompagné de trois fleurs de lys mal ordonnées du même.
Maintenant, si nous quittons Issoudun par le quartier Saint-Denis, nous ne tarderons pas à traverser le Bois du Roi. Et la route empruntée nous conduira alors à Vatan, qui balise la méridienne de Neuvy, autrement dit son axe solsticial. Cette itinéraire est à lire symboliquement comme la visée mystique de la flèche sagittarienne atteignant la conscience de Capricorne, dont nous abordons là les terres.
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15 novembre 2005
L'ard du feu
« On sait aussi des mondes qui se défont. Bravant l'importunité des fileurs de renommée, remontons à Montségur, ce crâne vide, pôle tragique. De la même façon que Planès, ce lieu est à la pointe d'un triangle équilatéral dont les deux autres sommets ne sont pas plus quelconques : ce sont les villes de Saintes et de Feurs. Leur alignement rayonne de Milan, ancienne Mediolanum, comme Saintes, et centre zodiacal de la grande plaine cisalpine, en suscitant maintes capitales : outre les trois précédentes, Lyon, Clermont-Ferrand et Limoges. Mais ce qui nous intéresse directement est que, sur la partie qui forme la base de notre triangle, il est parallèle à l'Equateur. La hauteur et médiane dressée depuis Montségur sur ce segment est une méridienne qui joint les sommets de deux triangles à base commune, feu et eau, le sommet du feu étant en Ile-de-France, près de Rambouillet. »
(G.R. Doumayrou, Géographie Sidérale, p. 274-275)
Je reprends cette carte de G.R. Doumayrou, déjà montrée le 11 avril, pour prolonger l'investigation menée ici depuis plus d'un mois sur le triangle de l'eau, Mosnay-Lourouer-Lourdoueix. A partir de ce modèle beaucoup plus vaste qui embrasse quasiment tout le territoire de notre pays, comment ne pas chercher à savoir s'il existe une réplique symétrique qui serait en somme le triangle du feu ? Je suis cependant incapable aujourd'hui de dire si, en 1989, j'ai cherché dans cette direction. Il est possible que j'aie en ce temps-là abandonné l'hypothèse faute d'éléments probants, ne disposant pas alors du même nombre de sources d'information. Cette hypothèse du triangle du feu me paraît soutenable à ce jour, et je vais donc m'employer sans plus attendre à le montrer.
En projetant strictement le triangle symétrique à celui de l'eau sur la partie nord, la pointe tombe juste au-dessus du village de Diors. Rien de bien remarquable pourtant à signaler : le château du 15ème a été bombardé en août 44, l'ancienne église a disparu. Mais elle appartenait à l'abbaye de Déols, grande ordonnatrice du réseau zodiacal, qui se situe sur le même parallèle. Et surtout Diors est mentionné dès 927 (villa Drociso) : c'est la date exacte de la donation du Magny à Déols, par Guillaume d'Aquitaine.
Remarquons maintenant qu'un axe issu de Déols et reliant Lourouer Saint-Laurent traverse la ville d'Ardentes, par ailleurs également située, dans sa partie est, sur le méridien des triangles. Ardentes signe véritablement ce triangle du feu, de par son nom même, qu'on s'autorisera à rattacher au latin ardere, brûler. La commune actuelle fut formée en 1839 de la réunion de Saint-Martin d'Ardentes (dont la magnifique église dépendait de Déols) et de Saint-Vincent, paroisses occupant les deux rives de l'Indre, dont l'étymologie « Flavius Angerem » se retrouve au nord du triangle avec le hameau d'Angeray, en pleine Champagne Berrichonne. C'est sur les mêmes rives indriennes que se dressaient les anciennes forges de Clavières, renommées dès le 16ème siècle. L'économique et le symbolique encore une fois se rejoignent.
Sur le côté Mosnay-Diors, on relèvera la présence d'Arthon, en bordure de Bouzanne, bien de l'abbaye de Déols dès 1104 (ce nom « Arthon » n'est pas sans parenté avec l'Arthur de la geste celtique, j'y reviendrai), et la proximité de
l'autre Lourouer berrichon, Lourouer-les-Bois, dans la forêt de Châteauroux, où se trouvait jusqu'en 1874 le chef-lieu de la commune du Poinçonnet (on peut y admirer les vestiges de l'ancienne église Saint-Pierre-ès-Liens, transformée aujourd'hui en habitation).
L'examen du parallèle de Déols, passant donc par Diors, n'est pas sans enseignement : s'originant à Niherne, sur les bords de l'Indre (église Saint-Sulpice du 12ème), il transperce la forêt de Bommiers par le carrefour des Sept Lignes, puis celle de Choeurs pour en ressortir à Chezal-Benoît, siège d'une abbaye bénédictine et d'une congrégation de grande importance (dont la règle fut adoptée, entre autres monastères, par Saint-Sulpice de Bourges), et dont l'église Saint-Pierre fut consacrée en 1104 par notre vieille connaissance, Léger, l'archevêque de Bourges.
Enfin, l'axe, après avoir franchi le Cher, atteint Saint-Loup des Chaumes, petit village soi-disant fondé par l'évêque Saint-Loup (dont nous avons vu le culte au Magny, mais Ardentes également s'honore d'un pélerinage à Saint-Leu). Village qui est par ailleurs sur le méridien de Bourges, très précisément à l'aplomb du Faubourg Saint-Sulpice.
C'est maintenant vers Bourges que vont se porter nos regards. Avec la capitale des Bituriges va s'ouvrir un chapitre fondamental dans la description de notre géographie sacrée.
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